Psy Story #1 :

« Et s’il y avait un risque à ne plus être triste. »

Une dame vient me voir en consultation avec la demande suivante : « Je voudrais que vous m’aidiez à être heureuse ». Avec mes questions, on se rend compte que pour l’instant ce qui l’empêche d’être heureuse c’est qu’elle ressent une tristesse. Donc elle formule la demande : « Je voudrais que vous m’aidiez à me libérer de cette tristesse ». Quand on creuse on s’aperçoit que c’est la tristesse d’avoir vu sa mère triste toute sa vie. Je lui demande ce qu’elle souhaite faire de cette tristesse d’avoir vu sa mère triste toute sa vie. Et là, aucune réponse de sa part... Pourtant elle vient de dire que ce qui l’empêche d’être heureuse c’est sa tristesse. Cela attire mon attention de thérapeute car cela signifie que quelque chose bloque et qu’il y a sûrement un risque à se libérer de cette tristesse-là.
- Je lui demande : « Quel est le risque de ne plus être triste que votre mère ait été triste toute sa vie » ?
- La réponse : « Ça voudrait dire que je m’en fiche d’elle ».
- « Parce que si vous arrêtez d’être triste qu’elle ait été triste toute sa vie vous vous en ficherez d’elle ? »
- « Non jamais je ne m’en ficherai d’elle ! »
- « Donc vous ne vous en ficherez jamais d’elle, même si vous n’êtes plus triste c’est ça ? »
- « Oui. »
- « Donc est-ce qu’arrêter d’être triste qu’elle ait été triste toute sa vie, c’est risquer de vous en ficher ? »
- « Non. »
- « Sachant qu’il y a une différence entre trimballer dans votre corps cette tristesse qui vous empêche d’être heureuse, et penser que c’est triste que votre mère ait été triste toute sa vie. »
La consultante a pris conscience :
- Premièrement, que ce qui l’empêchait d’être heureuse était une tristesse.
- Deuxièmement, qu’il s’agissait de la tristesse d’avoir vu sa mère triste toute sa vie.
- Troisièmement, qu’il y avait un risque inconscient à lâcher cette tristesse.
- Quatrièmement, que sa crainte de se ficher de sa mère si elle se libère de sa tristesse n’est pas fondée puisqu’elle ne s’en fichera jamais.
Suite à cette dernière prise de conscience, la personne a pu formuler clairement « Je souhaite me libérer de la tristesse d’avoir vu ma mère triste toute sa vie ». Avec une séance supplémentaire, elle s’est libérée de ce fardeau qu’elle portait depuis des années. C’est pour cela qu’en tant que thérapeute, il est nécessaire de ne pas formuler les choses pour l’autre mais de l’aider à les formuler. Cela donne l’occasion de détecter les blocages potentiels.
Je profite de cet exemple pour souligner que si quelqu’un semble ne pas vouloir se libérer d’une tristesse (ou d’une autre émotion douloureuse), c’est forcément que pour lui, en cet instant, il y a un risque à s’en libérer et que ne plus ressentir cette émotion aurait des conséquences qui seraient pires que de la ressentir.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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