Quand la demande faite au thérapeute est impossible…
Un monsieur vient me voir en consultation avec la demande suivante : « je voudrai être bien, bien comme j’étais avant ».
Je lui demande : - « avant quoi ? »
Il me répond : - « avant l’accident »
Ce monsieur avait eu un accident grave dont il gardait des séquelles physiques qui occasionnaient de nombreux désagréments dans sa vie quotidienne.
Je l’invite à préciser : - « Comment vous vous sentirez quand vous serez bien comme avant l’accident ?»
- « Je serai heureux de vivre ma vie, de faire ce que j’aime »
- « Qu’est-ce que vous aimez ? »
- « Faire les sports que j’aime »
- « Et vous allez pouvoir continuer à faire les sports que vous aimez ? »
- « Je voudrais pouvoir, oui »
- « Je ne vous demande pas ce que vous souhaiteriez, je vous demande si vous pouvez continuer à le faire ? »
- « Non »
- « Et vous le pourrez un jour avec vos séquelles ? »
- « Non »
- « Donc vous voulez que je vous aide à être heureux de faire le sport que vous aimez alors que vous ne pourrez plus en faire, c’est bien ça ? »
Ce monsieur s’est ainsi rendu compte qu’il souhaitait que je l’aide à retrouver sa vie d’avant sauf que les choses avaient changées depuis l’accident et qu’il ne retrouverait jamais sa vie d’avant.
Parfois la personne vient voir un thérapeute avec une demande implicite qui n’est pas réalisable. En l’occurrence ce monsieur voulait en fait que je l’aide à être heureux de profiter de sa vie d’avant alors qu’il ne retrouverait jamais sa vie d’avant. Le fait de pousser les gens à être précis dans ce qu’ils attendent du thérapeute peut faire émerger la conscience qu’ils sont en train d’espérer quelque chose qui n’arrivera jamais. Ils peuvent alors faire le choix de continuer à vivre dans cet espoir vain, à se casser le nez contre une réalité qu’ils ne veulent pas accepter et à être malheureux que les choses soient ainsi. Ils peuvent aussi choisir d’accepter cette réalité au combien difficile pour pouvoir vivre de la meilleure manière possible avec cette nouvelle réalité. Cela ne signifie pas du tout que leur nouvelle vie sera forcément malheureuse. Mais il ne semble pas possible d’être de nouveau en espérant en permanence que les choses soient différentes de ce qu’elles sont.
Parenthèse : On peut bien sûr partir du principe que tout est possible, qu’il ne faut jamais se résigner et qu’une personne ayant eu un grave accident peut garder espoir de faire ce qu’elle souhaite. C’est d’ailleurs sûrement avec cet état d’esprit que certaines personnes ayant un handicap physique accèdent à des niveaux sportifs spectaculaires. Parce qu’ils ont réussis à changer la donne de ce qui était prédit à priori. Mais pour changer une réalité il faut l’avoir d’abord acceptée : par exemple : c’est parce qu’à partir de maintenant j’accepte que je ne peux plus me servir de mes bras pour faire telle chose que je vais développer un moyen de faire cette chose avec mes mains. Donc dans tous les cas l’issue semble être dans l’acceptation dans choses telles qu’elles sont pour s’y adapter d’une manière ou d’une autre.
Ce monsieur a retrouvé un apaisement au fils des séances avec l’acceptation de sa nouvelle vie et de ses nouvelles possibilités.
Bien sûr ceci est un résumé rapide de la séance pour que la compréhension du mécanisme qui nous intéresse soit plus claire.