Psy Story #5 :

Quand les parents pensent endurcir leurs enfants alors que leur comportement les fragilise.

Une famille vient en consultation pour son petit garçon qui manque de confiance en lui. Il est très timide, très renfermé, a toujours peur de mal faire, ne parle que très peu, et « fait » parfois des « crises » incompréhensibles.
Rapidement après le début de la séance, le papa dit de son fils : « Parfois il fait sa pignouse, depuis petit c’est un peureux, etc… ». Nous explorons ensemble les réactions du papa quand son fils exprime ses émotions. Je lui demande comment il réagit exactement quand son fils pleure ou a peur.
Sa réponse :
- « Si on s’écoute dans la vie, on ne s’en sort pas » « Pigner n’a jamais servi à rien » « Moi je n’ai pas envie que mon fils devienne quelqu’un de faible » « Il faut qu’il s’endurcisse ».
Ce papa énonce plus ou moins clairement la bonne intention qui se cache derrière ses comportements vis-à-vis de son fils : il souhaite le préparer au mieux à la dureté de la vie. Il pense que ces phrases vont l’endurcir et donc qu’il souffrira moins et pourra mieux s’en sortir dans la vie.
Après avoir mis au jour son intention positive, nous avons vu ensemble les effets possibles que ces phrases pouvaient avoir sur son fils, et expliquer son manque de confiance en lui :
- « Votre fils ressent des émotions (peur, tristesse… : ce qui est normal). Quand il les exprime, vous lui signifiez que cela ne sert à rien, que c’est faible de les ressentir. Il peut donc se dire qu’il devrait s’empêcher de les ressentir, que ce n’est pas normal, qu’il est faible. »
Il paraît logique qu’à partir de là, il puisse développer une MAUVAISE ESTIME DE LUI :
Il peut commencer à se dire qu’il est NUL de ressentir des émotions, qu’il est FAIBLE, qu’il n’est PAS AIMABLE TEL QU’IL EST puisque s’il est spontané, s’il est lui-même en exprimant ce qu’il a dans son cœur, il comprend que ce n’est pas comme cela qu’il faut être. Il peut donc commencer à ne pas aimer, voire à détester la personne qu’il est.
Je vous laisse imaginer les conséquences que cela peut avoir sur l’estime de soi et l’amour de soi. Le comportement du papa qui voulait renforcer son fils peut au contraire l’affaiblir et le rendre plus vulnérable dans la vie. Parce qu’un enfant qui culpabilise de ses émotions peut grandir en ayant tendance à ne plus les écouter et devenir un adulte influençable ou qui ne sait pas ce qu’il veut parce qu’il n’a jamais appris à donner de l’importance ou du crédit à ce qu’il ressent.
Suite à nos échanges le papa a pris conscience que ces phrases pouvaient avoir des effets qu’ils ne souhaitaient pas sur son fils. Il a pu modifier certaines de ses réactions et les « crises » de son fils se sont apaisées d’elles-mêmes.
Bien sûr cette raison n’est pas la seule pour expliquer des réactions émotionnelles disproportionnées chez les enfants. Et bien sûr ce papa fait ce qu’il peut à un moment donné. Cette réaction vis-à-vis de son fils vient aussi parler de son rapport avec ses propres émotions. Lui a pu avancer dans la vie (selon ses critères) grâce au fait qu’il ne s’écoutait pas, ou il n’a pas eu le choix. Mais il est toujours intéressant de voir quelles sont les effets possibles de nos réactions face aux émotions des enfants. En tous cas je pense que l’on peut dire que plus les parents ont de bonnes relations avec leurs émotions et plus ils pourront accueillir avec bienveillance les émotions de leurs enfants, et moins elles jailliront comme un volcan en éruption à des moments inopportuns.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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