Elle est morte mais je ne suis pas triste. Je suis un monstre…
Une dame vient me voir en consultation :
- A quoi souhaiteriez-vous que je vous aide ?
- A savoir si j’ai un problème ou si je suis normale.
- Qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez un problème ?
- J’ai l’impression de ne pas avoir de cœur, d’être un monstre parce que ma tante est morte la semaine dernière et je n’en souffre pas alors que j’étais très proche d’elle. Je me sens même soulagée.
- (Reformulation) D’accord donc vous voulez que je vous aide à savoir si vous avez un problème de ne pas souffrir, même d’être soulagée de la mort de votre tante dont vous étiez très proche c’est bien ça ?
- Oui. En plus, mes amies me téléphonent plusieurs fois par jour pour prendre de mes nouvelles parce qu’elles s’inquiètent pour moi alors que je vais très bien. Mais je n’ose pas leur dire parce que j’ai l’impression d’être un monstre de ne pas être au fond du trou.
- Pourquoi ne souffrez-vous pas ? Pourquoi êtes-vous soulagée que votre tante soit décédée ?
- En fait cela faisait vraiment longtemps qu’elle était malade, je n’en pouvais plus de la voir souffrir comme ça. A la fin c’était encore pire, il était temps qu’elle parte. Je le voyais dans ses yeux qu’elle était fatiguée et qu’elle voulait que ça s’arrête. Je suis soulagée qu’enfin elle ne souffre plus.
- Donc si je comprends bien, vous êtes sans cœur, un monstre d’être soulagée que votre tante ne souffre plus, c’est bien ça ?
- Bah non !
- Pour ne pas être un monstre vous devriez ressentir quoi selon vous ?
- Être triste.
- Triste de quoi ?
- Quelle soit partie.
- Et vous êtes triste qu’elle soit partie ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce qu’elle a eu une belle vie, nous avons eu la chance d’avoir des moments d’une extrême authenticité à la fin, nous avons pu nous dire tout ce que nous avions à nous dire et même plus. Je n’ai aucun regret, c’était le moment qu’elle parte, je préfère qu’elle soit soulagée loin de moi plutôt que dans la souffrance près de moi.
- En quoi c’est être un monstre d’être soulagée qu’elle ne souffre plus et de ne pas être triste parce que c’était le moment qu’elle parte ?
- Ce n’est pas être un monstre.
- Ok, donc vous êtes un monstre ou pas ?
- Non.
- Et vous avez un problème ?
- Non.
Morale de cette PsyStory : ne pas partir du principe que les gens souffrent de quelque chose. Demandez-leur ce qu’ils ressentent sans jugement pour éviter tout malentendu. Et dans cette consultation, on voit que la simple verbalisation précise de ses émotions a permis à cette jeune femme de prendre conscience de la logique de ses émotions et d’arrêter de culpabiliser de les ressentir. Cela paraît simple mais il est parfois difficile de prendre du recul par rapport à nos émotions quand c’est tout embrouillé dans notre tête.