Psy Story #12 :

"J'ai honte de toi" pour te protéger.

Une maman vient me voir en consultation avec sa fille de 12 ans parce que cette dernière « est très timide et qu’elle manque de confiance en elle ». La fille me le confirme : « Je ne m’aime pas ». Dans différentes situations elle ressent de la honte d’elle.
Très vite je me rends compte que la relation entre la mère et la fille est tendue.
Je demande à la fille :
- Est-ce que tu penses que ta mère t’aime ?
- Je ne sais pas.
- Qu’est-ce qui te fait douter de son amour ?
- Elle n’arrête pas de me critiquer : elle me dit que ça fait sale de ronger ses ongles, que je devrais penser à changer mes lunettes par des lentilles à mon âge, que comme ça les autres arrêteraient de me traiter de serpent à lunettes. Elle me pousse toujours à acheter des hauts à manches longues pour cacher ma tâche de naissance comme si je lui faisais honte.

Je demande à la maman de me dire ce que ça lui fait d’entendre sa fille dire cela.
« Je suis triste qu’elle pense que j’ai honte d’elle alors que ce n’est pas le cas, je lui dis tout cela pour que les autres ne se moquent pas d’elle parce que je sais que les enfants peuvent être très cruels entre eux ».

Je l’invite à dire à sa fille toutes les qualités qu’elle lui trouve et à lui dire en face pourquoi elle lui dit tout cela.

« Je n’ai pas du tout honte de toi, je te trouve extraordinaire, tu es brillante et artistique, tu es gentille. Je suis désolée, je voulais juste te protéger du jugement des autres et bien sûr que je t’aime ».

On voit avec la maman que ses paroles qui se veulent protectrices peuvent :
- Altérer la confiance en elle de sa fille en lui faisant penser qu’elle devrait avoir honte d’elle.
- Apprendre à sa fille à dépendre du regard des autres puisqu’elle l’invite à agir en fonction de ce que pourraient dire les autres.
- Sous-entendre que si les autres la traitent de serpent à lunettes c’est parce qu’elle porte des lunettes au lieu de porter des lentilles. Sa fille peut donc entendre que les moqueries sont en partie de sa faute puisqu’elle ne change pas pour les éviter.

Tout cela peut logiquement participer voire entraîner l’introversion et le manque de confiance de sa fille et donc la transformer en une cible de choix pour les moqueries des autres enfants.
Donc la maman en voulant protéger sa fille provoque en fait l’effet inverse, d’où l’intérêt en séance que chacun exprime ses ressentis pour dissiper les malentendus.
Suite à cette séance la maman a cessé toutes remarques puisqu’elle avait compris leur effet pervers. La relation mère/fille et la confiance en elle de l’adolescente s’en trouvèrent nettement améliorées.

Bien sûr ceci est un résumé rapide de la séance pour que la compréhension du mécanisme qui nous intéresse soit plus claire.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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