« Ce n’est pas possible, ça ne m’est pas arrivé à moi »
Une jeune femme vient me voir en consultation. Au cours de sa thérapie, elle déterre des traumatismes enfouis d’une grande violence.
Il faut savoir que quand un être humain subit des choses d’une extrême violence, se met naturellement en place un mécanisme de survie : la dissociation. Ce mécanisme a pour but de couper la personne de ses émotions et de ses sensations qui sont trop insupportables et qui risqueraient de la faire mourir (notamment la peur à ce moment-là pourrait provoquer une crise cardiaque). Ce mécanisme crée chez la personne un sentiment d’irréalité qui lui donne l’impression d’être dans un cauchemar et que tout ceci n’est pas réel. Cela est salvateur sur le moment mais pose des problèmes aux victimes pour ensuite se croire puisqu’elles se demandent si cela est vraiment arrivé ou si elles l’ont rêvé, ou plutôt « cauchemardé »… Cela leur donne aussi souvent l’impression que le souvenir qu’elles racontent ne leur appartient pas, que ce n’est pas à elles que c’est arrivé puisqu’elles sont déconnectées de leurs émotions. Ces mécanismes sont importants à connaître et à dénouer puisque pour se libérer, il leur faudra faire le chemin inverse et accepter que cela leur est vraiment arrivé à elles.
Parfois, en plus de ce processus de dissociation, d’autres choses peuvent se rajouter et leur donner l’impression que cela ne leur est pas arrivé à elles. En voici quelques exemples pour cette jeune femme :
- « Je me dis que ce n’était pas moi parce que quand c’était trop dur, je ne ressentais plus rien, je n’existais pas. Donc ça ne pouvait pas être moi puisque j’étais inexistante. »
- « De me dire que c’était un rêve, que je n’étais pas en train de vivre ça, ça m’a permis d’atténuer la douleur. »
- « Ça ne pouvait pas être moi puisque mes proches ne semblaient pas me reconnaître pour être capables de me faire de telles horreurs. »
- « Ils me prêtaient des émotions qui n’étaient pas les miennes, ils insinuaient que je devais ressentir telle ou telle chose. Ce qui me donnait l’impression de ne pas être moi, mais plutôt une marionnette. »
Cette PsyStory était une occasion de vous parler du processus de dissociation qui devrait être connu de tous pour comprendre notamment la réaction des victimes :
- Qui racontent parfois des horreurs subies sans aucune émotion (parce qu’elles en sont coupées et non pas parce que ça n’est pas vrai).
- Qui ont des difficultés à se croire, à croire à la réalité des événements puisque pour survivre, leur cerveau leur a fait croire que ce n’était pas réel.
- Qui peuvent être floues dans leur discours puisqu’il a mieux valu laisser leur esprit partir ailleurs plutôt que d’être vraiment présentes pendant les événements.