« Pourquoi je n’arrive pas à pleurer ? »
Une dame vient me voir en consultation. Au fur et à mesure de sa thérapie, elle découvre des souvenirs qu’elle avait totalement enfouis : son père la violait quand elle était petite. Pour libérer une émotion, il est nécessaire de se laisser traverser par elle, de la ressentir. Mais elle n’arrivait pas à laisser monter, à éprouver sa tristesse, celle-ci ne voulait pas sortir, comme si elle restait bloquée au fond. Voici différentes explications retrouvées dans son cœur de petite fille :
1 - « Je me suis empêchée de pleurer pour qu’il croie que j’étais suffisamment forte pour qu’il n’ose pas m’attaquer. »
En tant qu’enfant, elle s’était imaginé que de ne pas pleurer allait la protéger. Son cerveau était resté bloqué à cet endroit-là et l’empêchait de pleurer en pensant que cela allait la protéger. Mais elle a rapidement pris conscience que cette protection, ne pas pleurer, ne l’avait pas protégée puisque cela n’avait pas empêché son père de lui faire du mal.
2 - « Je n’avais pas le droit de pleurer, il me disait de ne pas faire de bruit. J’ai fait ce qu’il m’a dit. Personne ne peut imaginer à quel point j’ai eu mal. Je ne pouvais pas risquer d’avoir plus mal en ne faisant pas ce qu’il disait. »
Dans cette seconde explication, indépendante de la première, on découvre qu’elle n’a pas pleuré pour ne pas avoir plus mal, donc encore une fois pour se protéger.
La tristesse est sortie petit à petit avec les prises de conscience suivantes :
- Le fait de ne pas avoir pleuré ne m’a, en fin de compte, pas protégée puisque cela ne l’a pas empêché de m’attaquer. Cela ne lui a pas fait croire que j’étais suffisamment forte pour qu’il n’ose pas m’attaquer puisqu’il m’a attaquée.
- Maintenant je peux pleurer, je ne risque pas d’avoir encore plus mal si je pleure puisque mon père n’est plus là, il ne me fera plus de mal.
Pour que la tristesse puisse sortir en toute sécurité, il a fallu « informer » le cerveau émotionnel que les risques de l’époque n’existaient plus aujourd’hui.