Psy Story #51 :

Ta maladie m'arrange bien.

Je profite de cette PsyStory pour vous présenter un fonctionnement familial qui peut sembler surprenant, mais qui existe et que j’ai croisé plusieurs fois dans ma pratique thérapeutique.
Un jeune homme vient me consulter. Il est atteint d’une maladie dite « neurodégénérative » depuis petit. Les médecins ont du mal à identifier précisément ce dont il souffre. Sa première demande est que je l’aide à accepter sa maladie. Au début de sa thérapie, il ne parle quasiment pas, semble timide et peu sûr de lui. Après ce travail d’acceptation, il m’explique qu’il ne se sent pas compris dans sa famille et se demande pourquoi il a cette sensation. Je lui demande de m’expliquer ce qu’il se passe concrètement :
- « A chaque fois que je dis que je ne suis pas d’accord ou que je suis en colère, ma mère dit que c’est à cause de ma maladie, que mon attitude doit être dû à un trouble neurologique, qu’il faudrait que j’aille voir un médecin. »
Il m’explique que cette attitude de sa mère dure depuis qu’il est petit. On se rend compte qu’il n’a jamais pu exprimer ni ses émotions, ni ce qu’il pensait, puisqu’à chaque fois qu’il le faisait, il s’entendait dire que ce qu’il disait ou ressentait n’avait aucune raison d’être à part sa maladie.
« J’ai toujours cru que c’était moi le problème. Mais en fait je me rends compte que ma mère n’accepte jamais de se remettre en question, et je ne peux rien lui dire puisqu’elle met toujours mon désaccord sur le dos de la maladie. Ma maladie a bon dos. »
On se rend compte ensemble que toutes ses émotions ont été niées depuis petit et que sa sensation de ne jamais être compris venait de là.
Il a même été plus loin dans sa prise de conscience : « Ma mère utilise ma maladie pour ne pas se remettre en question, et pouvoir remettre tous mes désaccords et nos problèmes relationnels sur le dos de la maladie. »
Au cours de sa thérapie, il a appris petit à petit à identifier ses émotions et à les exprimer. Ce qui lui a permis de prendre confiance en lui. Il parle maintenant ouvertement, il met ses limites et se sent légitime de le faire. Sa maladie ne progresse plus…
En thérapie systémique (familiale), le thérapeute pose parfois une question qui peut surprendre : « Qu’est-ce qu’il se passerait de négatif si le problème disparaissait ? » Pour voir si ce qui est présenté comme un « problème » dans la famille n’est pas utile pour la famille d’une autre manière.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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