« Vous voulez savoir pourquoi toute ma vie je n’ai jamais su dire non ? »
Un homme vient me voir en consultation. Il m’explique que pour lui, le plus important est de faire plaisir aux gens qu’il aime. Mais plus le temps passe et plus il a la sensation de s’oublier, de rendre service même quand il se sent trop fatigué, de dire souvent « oui » alors qu’il pense « non » :
- « J’ai toujours fonctionné comme ça mais j’en ai marre. A l’avenir, j’ai envie de prendre soin de moi parce qu’à force de toujours faire passer les autres avant moi, je deviens de plus en plus irritable avec tout le monde. Je souhaiterais plus me respecter, plus dire « non » mais je n’y arrive pas. »
- « Qu’est-ce que vous empêche de dire « non » ? Il se passerait quoi si vous disiez « non » ? »
- « Je ferai de la peine et ça je ne supporte pas. »
- « Qu’est-ce que vous ne supportez pas exactement ? » (Je lui pose cette question pour savoir exactement quelle blessure le fait de dire « non » viendrait toucher)
- « Que l’autre ait de la peine par ma faute. »
S’il ne SUPPORTE pas que l’autre ait de la peine, c’est forcément qu’il a vu quelqu’un souffrir et que la blessure émotionnelle n’est pas refermée. C’est pour cela qu’il est prêt à s’oublier : pour ne pas que cela se reproduise. Par ailleurs, s’il part du principe que l’autre aura de la peine à cause de lui (s’il dit « non »), cela indique qu’il reste une culpabilité en lien avec la peine de la personne qu’il a vu souffrir. Il ne reste plus qu’à savoir qui et enlever la culpabilité de son cœur de petit garçon (parce que la plupart des blessures prennent leur racine dans l’enfance). Quand cette culpabilité aura disparu, il pourra dire « non » sans se sentir coupable de l’effet que cela aura chez l’autre.
Je cherche qui est la personne qu’il a vue souffrir enfant :
- « Vous avez eu la sensation que qui avait de la peine par votre faute quand vous étiez enfant ? » (Pour mettre toutes les chances de mon côté de trouver la blessure qui se cache derrière, je reprends exactement les mots qu’il a utilisés pour décrire ce qui serait insupportable pour lui : « peine par ma faute »).
- « Ma mère. »
- « De quelle manière vous lui avez fait de la peine selon vous ? »
- « En fait ce n’est pas moi qui lui faisais de la peine, c’était mon père. »
- « D’accord donc ce n’est pas vous qui étiez responsable de la peine de votre mère ? »
- « Non en effet mais je n’ai pas pu la protéger. »
- « Dans votre cœur de petit garçon vous vous sentez coupable à combien sur 10 de ne pas avoir pu la protéger ? » (Je mesure la culpabilité restante)
- « 10 ! »
- « Mais vous le dites vous-mêmes, vous n’avez pas PU la protéger. Donc êtes-vous coupable de ne pas avoir fait quelque chose que vous ne pouviez pas faire ? » (Je commence à faire disparaître la culpabilité)
- « Non. »
- « Donc si vous n’avez pas pu la protéger, est-ce que vous auriez pu faire qu’elle ne souffre pas ? »
- « Non. »
- « Donc est-ce que vous êtes coupable de sa peine ? »
- « Non. »
Nous avons ainsi travaillé la culpabilité en lien avec la peine de sa mère jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Je vous présente notre échange de manière résumée, le travail de disparition de la culpabilité a pris plus de temps. Une fois la culpabilité liée à la peine de sa mère enlevée, il a arrêté de croire que les autres avaient de la peine à cause de lui s’il disait « non ». Il a pu dire « non » librement à ses proches qui l’ont d’ailleurs très bien pris contrairement à ce qu’il craignait.