« J’ai peur d’avoir peur. »
Un homme vient me voir en consultation. Il est très angoissé. Au fil de la thérapie il se rend compte que sa peur, c’est la peur d’avoir peur. Voici l’origine de cette peur : dans son éducation, on lui a inculqué implicitement qu’avoir peur était un signe de faiblesse, que si l’on a peur, on est quelqu’un de faible. Dans son environnement familial, il était donc hors de question d’avoir peur. Donc dès petit, il s’est adapté à cet apprentissage en anticipant chaque situation pour tenter d’en contrôler chaque paramètre et ainsi éviter d’avoir peur. Par exemple quand quelqu’un rendait visite à ses parents, il restait en retrait, il ne s’approchait pas de suite. Il s’est rendu compte en séance qu’en fait il n’était pas du tout timide, comme son entourage d’enfant le pensait. C’est seulement qu’il observait les situations de dehors avant de se mettre dedans pour anticiper le plus de choses possible et éviter le plus possible d’être envahi par la peur. Il a grandi avec ce mécanisme-là. Adulte il lui est nécessaire de contrôler chaque situation, d’en maîtriser tous les paramètres pour être sûr de ne pas avoir peur. Il a même été plus loin dans son adaptation : il se mettait au défi d’affronter certaines situations inquiétantes pour lui, pour pouvoir se prouver qu’il pouvait surmonter sa peur et donc se prouver à lui-même qu’il était fort et non faible.
Cet homme pensait être angoissé et avoir peur pour rien. De l’extérieur c’est ce qu’il semblait être. Mais en réalité il n’était qu’un petit garçon qui avait accumulé de très nombreuses peurs au fond de lui, qui n’avait jamais pu les exprimer, les accueillir et donc s’en libérer. Il était donc arrivé à l’âge adulte avec son vase émotionnel rempli à ras bord de peurs et chaque situation menaçait de faire remonter toutes les peurs qu’il avait maintenues sous clé jusque-là. Elles menaçaient aussi de le faire passer selon lui pour un faible, ce qu’il n’était pas et n’avait jamais été.
Point d’intérêt de cette PsyStory : la logique implacable du cerveau humain et de ses adaptations. Et pour ceux qui auraient cette croyance qu’avoir peur c’est être faible : la peur est une de nos plus grandes forces, si nous avons vidé le vase émotionnel de notre enfance, parce qu’elle nous sauve la vie en nous faisant par exemple bouger si une voiture nous fonce dessus. Pour information : toutes les peurs « mentales » (de l’avenir, de l’inconnu, qu’il arrive quelque chose à mes proches, de ne pas être aimé) sont issues de blessures émotionnelles passées non soignées.