« Voici pourquoi j’envoie des pics indirects au lieu d’exprimer mes émotions. »
Une dame vient me voir en consultation. Elle n’arrive pas à mettre ses limites, à dire quand elle n’est pas d’accord avec quelque chose. Elle n’exprime jamais ce qui la dérange de manière franche et claire. Son désaccord, sa frustration, sa colère s’expriment toujours par de manière froide, par des reproches implicites, des pics indirects « bien placés ». « C’est comme si, quand je ne suis pas d’accord, je ne peux pas le dire, ma gorge est bloquée, fermée, et ma colère reste coincée en-dessous. » Nous avons même identifié un mécanisme assez étonnant puisque quand elle imagine se mettre en colère contre quelqu’un, elle a mal à la tête ; un très fort mal de tête. Au cours du « désenfouissement » d’un traumatisme enfoui, elle a découvert que sa mère l’avait étranglée un jour où elle avait exprimé sans filtre et de manière spontanée son désaccord et sa colère de toute petite fille. Elle avait même perdu connaissance. Son cerveau en avait déduit que d’exprimer son désaccord, dire ce qui dérange c’était « risquer sa vie ». Suite à cette prise de conscience, elle a pu (dans sa vie d’adulte) exprimer ses besoins, mettre ses limites de manière saine et non agressive, contrairement à son mode d’expression précédente. Avant, ne pouvant pas dire les choses sur le coup, sa colère et sa frustration s’accumulaient et fuitaient de manière insidieuse via des remarques acerbes à son entourage. Parce qu’il faut bien que ça sorte !
Quand j’ai commencé mon travail de thérapeute, je n’avais pas d’a priori sur le fait qu’il faille ou non revenir sur l’enfance pour aider les gens à se libérer de leurs problèmes dans leur présent. Mais l’expérience me montre de manière logique que notre cerveau s’adapte d’une merveilleuse manière par rapport à ce qu’il a vécu pour que nous souffrions le moins possible. Il apprend les leçons pour que les douleurs ne se reproduisent plus. Dans le cas de cette dame, son cerveau avait appris que se mettre en colère, dire ses limites, c’était « risquer sa vie », donc elle ne l’a plus fait pour rester vivante. Je sais qu’il y a énormément de gens dans ce cas ; des personnes qui ne sont que dans le reproche implicite au lien d’être dans l’expression de ce qu’ils ressentent sans agresser l’autre. Sachez qu’il y a forcément une raison à cela. Ce n’est pas votre fonctionnement inné. Un bébé exprime spontanément ses émotions, sans filtre, sans rancœur, sans attendre que sa frustration macère en lui.