« Et on se demande pourquoi j’étais une enfant angoissée… »
Bonjour à tous. Mon but aujourd’hui est de vous aider à ouvrir les yeux sur ce que les enfants vivent dans notre société et que personne ne soupçonne. Dans les lignes qui suivent, je vais vous présenter un exemple de ce que l’on retrouve à l’origine des angoisses, du stress, des anxiétés, des peurs « inexpliquées » des enfants puis des adultes devenus grands. Ce que raconte cette histoire n’est pas rare du tout ou devrais-je dire assez courant. En tous cas aussi courant que les angoisses, le stress et l’anxiété dans notre société, c’est pour dire… Ces émotions ne font pas partie du caractère de certains « malchanceux » et elles ne tombent pas du ciel. Elles viennent d’événements concrets et la plupart du temps enfouis. Je ne parle pas des petits déclencheurs quotidiens du stress, je parle de l’origine profonde de cette émotion qui va amener quelqu’un à se définir comme quelqu’un d’anxieux. L’événement que raconte cette PsyStory va sûrement vous sembler atroce. Mais aujourd’hui, je souhaite vous dire que ce genre d’événements n’arrivent pas que dans les films ou dans les familles des autres. Il arrive aux enfants qui ont des terreurs, des angoisses inexpliquées, etc. Mes propos vous font peut-être peur surtout si vous ou vos enfants sont concernés par ces angoisses, phobies, attaques de panique, etc. Mais mon but est que vous preniez au sérieux ces émotions chez vos enfants, que vous ayez conscience qu’une émotion intense cache quelque chose d’intense. Les grosses terreurs nocturnes cachent quelque chose de grave : c’est logique. Les enfants ne s’inventent pas des angoisses ou des terreurs nocturnes à partir de petites choses, juste parce que ce sont des enfants.
Bien sûr qu’il serait plus facile de penser cela plutôt que de regarder en face la réalité cachée de notre société : de regarder toutes les horreurs qui se cachent derrière les « caractères anxieux, stressés, angoissés ». Je vous alerte en tant qu’adulte pour une seule raison : que vous soyez prêt à écouter vos enfants ; que vous soyez prêts à entendre ce qu’ils ont à vous dire pour certains d’entre eux, que vous soyez prêts à les croire peu importe ce dont il s’agit et qui cela concerne. Car c’est principalement parce qu’ils sentent que personne ne les croira, que les enfants ne parlent pas. Donc soyez prêts pour eux.
Voici l’histoire d’une petite fille, racontée par la femme adulte qui se pensait angoissée de nature - Merci à elle de partager son histoire :
« Je suis en train de crier, je fuis quelqu’un qui me pourchasse avec un couteau, il y a un chien, c’est l’hiver, je me vois avec mon gros pull moche. Je me sens comme si j’étais traquée, j’ai envie de me retourner, de vérifier derrière moi, je suis en train de courir dans une forêt et c’est la nuit. On me chasse. On m’a chassé comme un animal.
On m’a laissée toute seule, et il fallait que je coure, il y avait un chien qui courait derrière moi, il y avait quelqu’un qui me chassait. Pour cette personne c’était pour jouer. Je suis toute seule, il n’y a pas d’autres enfants, il n’y a personne qui est chassé avec moi, il n’y a que moi. Je me vois dans la forêt, enjamber des troncs d’arbres, c’est hyper sombre, je ne vois presque rien. Il y a un tout petit peu de lumière parce qu’il y a une torche derrière moi, la personne qui est derrière moi a une grosse lampe torche et ça éclaire un bout de mon chemin. C’est mon grand-père. Il y a un chien qui est tenu en laisse, qui a vachement envie de me chasser, qui est hyper content et excité de me chasser, mais méchant. J’ai peur que l’on me rattrape, le danger est partout. Il fait nuit en plus. A un moment je m’arrête et je me cache, j’ai dû prendre un peu d’avance et il ne me voit plus. Du coup je m’arrête derrière un arbre, à côté d’une grosse pierre et je me fais toute petite, je ne fais plus de bruit et j’attends. Je n’entends plus rien. Ce n’est même pas sûr qu’il me traque encore. Ce qui était drôle pour lui c’était de me voir paniquer et de me laisser partir comme ça. Il ne m’a pas fait de mal quand il m’a trouvé, j’ai eu peur mais je n’ai pas été physiquement blessée, il ne voulait pas me rattraper, il voulait me faire courir et me faire peur. Je n’entends plus rien, je n’entends plus les bruits de pas, ni le chien qui respire, je ne vois plus de lampe torche. Mon grand-père est retourné à la voiture, parce que l’on était arrivés en voiture. Il m’a emmené dans la forêt, la nuit en voiture. Il m’a habillée d’abord, il ne m’a pas laissée en pyjama. Il m’a réveillé dans la nuit. Je ne suis pas endormie, je suis tout à fait réveillée. Il a pris un couteau pour me faire peur parce qu’il fallait bien que j’ai peur pour courir parce que cette personne je la connaissais, ce chien je le connaissais aussi, je l’avais déjà vu donc il fallait bien quelque chose pour me faire courir parce qu’il n’y avait rien qui me faisait peur. Il y a un grand couteau dans la main de mon grand-père. Je l’ai cru quand il m’a dit que s’il me retrouvait, il allait me tuer. Il m’a laissé prendre de l’avance pour que je puisse courir parce que si on partait en même temps j’étais tout de suite rattrapée, et ce n’était pas drôle. C’était comme un cache-cache dans la forêt : « Vas-y pars devant, coure et si je te retrouve, je te tue. » J’ai été une proie, j’ai été un animal. » De retrouver cette histoire qu’elle avait oubliée, enfouie au fond d’elle, a permis à cette jeune femme de comprendre pourquoi dans la rue dans son présent de femme adulte, elle avait toujours la sensation d’être traquée et d’être une proie pour les autres, « comme si on me suivait. »
Je ne souhaite pas vous convaincre que cette réalité existe, je souhaite informer les adultes qui sont prêts à l’entendre, pour que les enfants aient quelques oreilles prêtes à les écouter. Parce que les adultes qui font ce genre de choses paraissent tout à fait normaux et « gentils » aux yeux de la société. Et les enfants ne parlent pas notamment parce qu’ils ont peur de se faire gronder et aussi parce qu’ils ont peur de ne pas être crus, tellement ce qu’on leur a fait et qui le leur a fait est incroyable au sens strict du terme.