Psy Story #75 :

« Voici pourquoi j’ai attendu pour dire à ma mère que mon père me violait. »

Je vous livre telles quelles les paroles d’une femme devenue adulte qui en thérapie raconte comment elle s’est sentie petite fille quand elle a annoncé à sa mère que son père la violait, et que celle-ci n’a rien fait pour la protéger.
« J’ai attendu avant de le dire pour pouvoir garder l’idée qu’il y avait un plan B. Si j’ai autant attendu, c’est bien que je savais que le plan B n’allait pas marcher. Sinon tu le dis tout de suite pour que ça s’arrête tout de suite. Je suis restée plusieurs mois à me dire qu’il y avait un plan B mais à rester dans le plan A qui était merdique, avec papa qui venait me rendre visite la nuit, en me disant « oui mais t’inquiète, tu peux toujours faire ça ». Je crois que ça me faisait vachement plaisir en fait. C’est un truc que j’ai beaucoup fait, je me rends compte, même une fois adulte : rien que de savoir qu’il y avait une solution, je n’avais pas forcément besoin qu’elle se mette en place maintenant. La solution elle était là donc à un moment ça allait s’arrêter parce que je l’aurais dit. C’est comme si je savourais à l’avance ce moment où j’allais le dire. Et du coup, ne serait-ce que de penser au moment où j’allais le dire à maman, ça réchauffait déjà mon cœur. Ça m’a permis de tenir. C’était rassurant de savoir qu’il existait une solution. Et quand je m’en suis rendue compte qu’il n’y en avait plus, bah ça voulait dire qu’il allait falloir que je continue le même quotidien, mais sans l’espoir qui pouvait me rendre les choses un tout petit peu plus légères. Là ce n’était même plus la peine de penser au moment où j’allais le dire puisque ça y est, je l’avais dit et ça n’avait rien fait. Donc j’ai perdu l’espoir qu’il puisse y avoir une solution, et j’ai été obligée d’accepter qu’en fait les choses, elles étaient comme ça. Comme je ne savais pas quoi faire d’autre, je me disais que c’était la seule solution et une fois que tu l’as utilisée et que ça n’a pas marché bah il n’y a plus rien. Donc il n’y avait plus rien. C’est triste. Voilà le jour où je suis devenue une petite fille sans espoir. Quand tu n’as plus d’espoir c’est comme si ça faisait rien parce que vu qu’il n’y a pas d’espoir, ça se débrouille à l’intérieur de toi pour tout couper puisque tu ne peux pas te dire qu’à un moment ce sera mieux et puis c’est trop difficile de se dire que ça va continuer à être horrible. C’est une mort émotionnelle qui a été choisie par une partie de moi à ce moment-là. C’est trop dur de penser à la réalité qui était horrible, c’est comme si ça avait vidé tout à l’intérieur de moi. « Bon bah comme là il n’y a pas de porte de sortie, ferme les yeux comme ça tu oublies que tu es enfermée ». Il ne se passait plus rien à l’intérieur, c’était plus facile. Enfin autant que ça puisse être facile d’être mort. Parce que du coup c’est comme si j’étais morte. Donc ça fait moins mal mais ça ne laisse pas passer le moindre petit rayon de joie. C’est juste…. Mort. C’est comme quand je ne me sens pas bien et que j’ai un problème, je me fous dans mon lit et j’attends que le temps passe. Je me laisse tomber-là et je me dis bah « au pire tu meures, ça ne changera pas grand-chose avec comment tu sens là maintenant. Et puis si tu ne meures pas, à un moment ça va passer. » Donc j’attends avec un cerveau vide. J’essaye de rêver, de partir à un autre endroit dans ma tête, pour ne plus savoir que j’existe et pour ne plus savoir où je suis, ni quelle est la situation dans laquelle je me trouve. Il y a eu un encéphalogramme plat de mes émotions à ce moment-là puisque je n’avais plus rien de positif auquel me raccrocher. D’abord je suis tombée de haut puisque je ne pouvais pas me raccrocher à un truc donc je suis tombée. Et une fois que j’étais tombée, c’est comme si j’étais morte. »

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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