“Pourquoi je mange à me faire mal ?”
Une dame vient me voir en thérapie parce que le soir venu, quand elle rentre chez elle, il faut qu’elle mange, elle ne peut pas s’en empêcher, même si elle n’a pas faim et elle mange à se faire mal.
“Quand j’arrive chez moi, il faut que je mange, cela ne veut pas dire que j’ai faim. C’est comme s’il y avait une force invisible qui m’oblige à manger. Quand j’arrive chez moi, je ne peux pas rester inoccupée, il faut que je fasse quelque chose.” Au moment où elle dit cela, elle fait un mouvement avec ses mains comme si elle s’affairait. Je lui demande de quelle manière il faut qu’elle soit occupée. Elle réfléchit : “Cela ne me suffirait pas de prendre un livre, je ne serais pas assez occupée. Quand je travaille sur des dossiers, cela m’occupe et je ne mange pas trop. Courir ne me suffirait pas non plus pour m’occuper.” Après un temps de réflexion, sans être trop sûre d’elle, elle dit : « En fait, je pense qu’il faut que mes mains soient occupées et quand je mange, elles le sont. Et quand je travaille sur mes dossiers, mes mains sont occupées aussi, sur le clavier d’ordinateur. Comme s’il fallait que mes mains soient occupées. Si ça se trouve je raconte n’importe quoi mais c’est ce qui me vient.” Je l’encourage à continuer, car je sens que c’est la porte de son inconscient qui est ouverte et qu’il est sur le point de nous dévoiler la logique de ce fonctionnement. Elle continue : « Comme si mon cerveau mettait mes mains en activité en mangeant, comme pour s’assurer qu’elles fonctionnent bien et surtout pour vérifier qu’elles sont en capacité de bouger et de faire des choses.” Et là, comme une révélation, elle dit : “Pour être sûre qu’elles ne sont pas bloquées… dans mon dos. Comme si mon cerveau voulait être sûr que mes mains sont libres pour que je puisse me défendre, me protéger.” Les larmes commencent à venir. Quelques séances avant, elle m’avait parlé d’une agression qu’elle avait subie de la part de plusieurs hommes, durant laquelle elle avait eu les mains bloquées dans le dos. Elle ressentait beaucoup de colère contre elle-même de ne pas avoir pu se défendre, se débattre. Elle fait le lien : « C’est comme si depuis ce moment-là, quand je suis en période d’inactivité, comme quand je rentre chez moi le soir, mon cerveau vérifie en mangeant, que mes mains sont libres et qu’elles peuvent être actives au cas où, pour pouvoir me défendre si besoin.” Cela a été un moment de grâce. Elle a remercié son inconscient de sa bonne intention : de vouloir la protéger en mangeant puisque cela lui permettait de vérifier que ses mains étaient actives et pas bloquées dans son dos pour pouvoir se défendre si besoin. Elle lui a dit que même si ses mains avaient été libres à l’époque, elle n’aurait rien pu faire de toute façon contre 3 hommes, donc cela n’aurait rien changé, cela ne l’aurait pas protégée. Donc même si ses mains sont libres, cela ne suffirait pas pour la protéger aujourd’hui non plus, dans la même situation. Après avoir bien soigné les blessures émotionnelles laissées par cette agression, la consultante n’a plus été envahie par ce besoin de manger en arrivant chez elle.