“Voici pourquoi je suis si impatiente”
Une dame vient me voir en consultation. Elle découvre au cours de sa thérapie un souvenir qu’elle avait totalement enfoui : quand elle avait 4 ans, un jour ses parents sont partis en week-end et ils l’ont laissée avec sa nounou et son mari. Les souvenirs sont remontés petit à petit, tout doucement, tellement ce qu’elle a subi était violent et maltraitant. “Cela a été pour moi le week end de l’horreur. Ils m’ont humiliée, humiliée, humiliée, abusée, maltraitée. Lui était très méchant, il m’a terrorisée. J’étais tellement terrifiée à la fin du week-end, que rien n’est jamais sorti de ma bouche. Je n’ai rien dit à mes parents, qui ne se sont rendus compte de rien.” “Pendant des heures, j’ai tellement attendu mes parents, je les ai tellement attendus. Les personnes présentes se moquaient de moi en me disant : “Ils ne viendront pas te chercher, tes parents. Cela ne sert à rien de les attendre, ni de les appeler.” Cette attente a été interminable. Je n’ai jamais autant voulu que quelqu’un revienne auprès de moi. Mais quand mes parents sont revenus, c’était trop tard, le mal était fait. J’étais déjà morte à l’intérieur, je n’attendais plus rien. Cela a créé une distance infinie entre moi et mes parents, distance qui est toujours restée.”
Elle comprend enfin : comme une illumination : “C’est pour ça que je suis si impatiente, je comprends maintenant pourquoi je ne supporte pas d’attendre. Je ne suis jamais en avance à un rendez-vous, je suis toujours au moins 3 minutes en retard, c’est pour ne jamais avoir à attendre quelqu’un. C’est logique parce qu’au fond de moi, attendre quelqu’un, est égal à être maltraité. C’est aussi pour ça que je déprime quand mon mari sort avec ses copains ou qu’il est au travail et que je suis à la maison. C’est parce que j’ai l’impression de l’attendre. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais si triste à chaque fois qu’il sortait. Je culpabilisais de ressentir ça parce qu’il a bien le droit de sortir avec ses amis. Maintenant je comprends. C’est tellement logique. Cela explique tellement de choses : mon impatience, pourquoi je déteste attendre. L’ironie du sort c’est que le défaut principal de mon premier amour était d’arriver très en retard à chacun de nos rendez-vous. Pour moi c’était rédhibitoire mais je suis quand même restée avec lui un certain nombre d’années. Et je passais mon temps à être en colère contre lui parce qu’il était en retard. Comme si cette relation avait reproduit 1000 fois ma pire blessure. Heureusement que je suis en train de la soigner.”