"Pourquoi je n’arrive pas à faire le 1er pas vers l’autre après une dispute ?”
Seconde partie de la PsyStory 104 : Une dame vient me voir en consultation depuis un moment. Elle avait 7 ans quand elle a subi un viol de la part d’un adulte en qui elle avait confiance, un ami très proche de ses parents.
En thérapie, elle m’explique que dans son quotidien, suite aux disputes avec son compagnon, elle n’arrive jamais à faire le 1er pas vers lui pour tenter une réconciliation. Elle sent que cette attitude nuit gravement à son couple. Elle peut être en colère pendant des jours sans discontinuer. Lors d’une séance, elle explore ce comportement : “C’est comme s’il fallait que je garde ma colère. Parfois je me dis “allez, va vers lui, ouvre ton coeur” mais je ne peux pas. C’est comme si ma colère me servait de bouclier de protection et si je la lâche, j’aurai la sensation de baisser les armes, de baisser la garde, d’arrêter de me défendre. Ma colère me protège.” Je l’invite à ressentir cette sensation de baisser la garde si elle lâche sa colère. “Oui, ce serait m’ouvrir à l’autre si j’arrête d’être en colère. Je sens que ça, ce serait trop risqué. En fait la colère m’a permise de me défendre physiquement petite, elle m’a permise de tout serrer, de serrer mes sphincters pour qu’il ne rentre pas. Pour moi, lâcher la colère c’est accepter que ça rentre à l’intérieur de moi. C’est accepter d’être violée.” Elle éclate en sanglots. “C’est me laisser faire, c’est dire que je suis d’accord. Bah oui, petite si je lâchais, si je me relâchais, je le laissais rentrer, ça voulait dire que j’acceptais. Et ça c’était hors de question.” “Ma colère était là pour me protéger, je comprends qu’elle avait une superbe intention à la base. Je ne la vois plus pareil, je comprends que, même si elle ruine des moments de ma vie de couple, elle était là pour me protéger dans un moment atroce, pour revendiquer ce que je ne voulais pas, pour dire que je n’étais pas d’accord. Mais c’est quand même arrivé, malgré sa présence et ça je dois l’accepter.” Après un long moment d’accueil de sa tristesse, la consultante s’est sentie soulagée. “Je ne regarderai plus jamais ma colère pareil, je ressens de l’amour pour elle. Je pensais que, pour montrer que je ne suis pas d’accord, je devais forcément être en colère. Alors que non, je peux simplement dire que telle chose ne me convient pas, que je ne suis pas d’accord. D’ailleurs si c’est dit sans colère, ce sera plus facile à entendre pour mon interlocuteur.”