Psy Story #106 :

"Faux souvenir toi-même !"

Voici le récit, transmis tel quel, des ressentis de petite fille, d’une consultante, en thérapie. Je vous partage cette PsyStory pour contrebalancer la notion de faux souvenirs. Pendant la lecture, demandez-vous si ce récit a pu être inventé, si cela peut être un faux souvenir.
La manière dont c’est raconté ressemble à tellement d’autres récits, qui sont sortis de la bouche de certains consultants en thérapie et qui avaient tout oublié. C’est souvent de cette manière que les souvenirs enfouis remontent, grâce à la verbalisation de ressentis profonds de l’enfant qu’ils étaient. Comme de nombreuses personnes, cette jeune femme avait absolument tout occulté de l’horreur de son enfance, elle était persuadée d’avoir eu une enfance heureuse et une famille formidable. Durant sa thérapie, de nombreux souvenirs enfouis sont remontés. Vous allez voir que ce qui sort de la bouche de cette petite fille devenue grande, ça ne s’invente pas. Lors de la séance que j’ai retranscrite, remonte le souvenir d’une scène où son grand-père lui a mis la tête sous l’eau.
« J'étais devenue avec les mêmes caractéristiques qu'un objet, sans rêve, sans plaisir, sans déplaisir. J'étais en train de mourir, j'ai arrêté de vouloir des trucs, j'ai juste laissé faire, je ne pouvais rien faire. J’accepte que c'est fini ; « d'accord c’est fini, ok. ». Il n'y a rien qui lutte pour que ce soit autrement. J'ai été surprise quand la vie est revenue en moi quand il m’a sorti la tête de l’eau. En fait ce n'était pas fini, ma vie n'était pas finie. » Cette petite fille était maltraitée par la plupart des adultes de son entourage, elle vivait donc une vie que l’on pourrait qualifier d’insupportable. « Je n'ai pas envie de continuer à vivre, je suis fatiguée. On ne m'a même pas laissée mourir tranquille. J'avais lâché. Mais en fait il faut revenir dans ce truc horrible. Non, je ne veux pas revenir dans cette vie-là, laisse-moi sous l'eau, j'ai assez donné, c'est bien déjà. C'est encore et encore, même après que tu sois mort, on te ramène pour te faire les mêmes trucs. Je n'ai plus de force, j'arrête. C'était une découverte pour moi que ça pouvait s'arrêter. Il ne m'a pas sauvée en me sortant de l'eau, il m'a ramenée dans l'enfer qu’était ma vie. Me sauver ça aurait été me laisser sous l'eau. Je suis fatiguée, ma vie n'est qu'une série d'efforts. Ma vie ne ressemble qu’à ce que j'ai déjà connu : du noir. Je regarde derrière moi, je vois le chemin que j'ai parcouru. Je regarde devant et c'est pareil, c’est du noir. Je n'ai pas envie d'y aller. Je ne comprends pas pourquoi je dois continuer. Ça va toujours être comme ça, je ne savais même pas qu'autre chose était possible. Mais du coup ça sert à quoi la vie ? Je suis un hamster qui court dans une roue. On fait tourner la roue donc je suis obligée de courir, je vais nulle part, ça ne s'arrêtera jamais. Ils (les adultes lui faisant du mal) se relaient, donc même si l'un d'entre eux meurt, ça ne s'arrêtera pas parce qu'ils sont trop nombreux. Je suis triste que ça dure et que ça ne changera jamais. Il n'y a aucune porte de sortie, il y a toujours quelqu'un qui viendra me chercher pour me faire du mal. Ça ne peut pas être différent mais moi je n'en peux plus. Comment ça va évoluer ? C’est comme si la seule chose qui n’avait pas de limite, ce sont mes limites. La seule chose qui n'a pas de limite, c'est ma souffrance à moi, la quantité de peur, de douleur, la fatigue que je peux ressentir. Il y a trop d'info, j'ai envie de fermer les yeux. Je voudrais qu'on éteigne toutes ces stimulations qui sont autour de moi. On vient m'embêter tout le temps, il n'y a pas de moment où ça se calme. Je suis attaquée continuellement, la nuit aussi. On vient m'embêter et ça ne s'arrête jamais et ça ne s'arrêtera jamais. »
Cette jeune femme vivait dans la peur dans sa vie d’adulte, elle se retournait même en entendant les bruits de son sac à dos quand elle marchait dans la rue, elle pensait être de ces personnes “anxieuses, angoissées”, mais la vérité est tout autre : ces peurs, ces angoisses “inexpliquées” ont enfin pu trouver leur sens et être libérées.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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