“Les faux souvenirs de viol n’existent pas.”
Ce qui souligne encore plus la vérité dans le discours des victimes de viol, c’est le détail avec lequel elles décrivent leurs sensations, émotions pendant et autour des violences subies (quand elles ont une oreille en mesure de les écouter). Cette PsyStory s’adresse notamment aux gens qui croient à la théorie tordue des faux souvenirs de viols. La vérité paraît évidente dans la verbalisation des ressentis, pas uniquement dans la verbalisation des faits. Je vais vous partager les propos d’une jeune femme qui, au début de sa thérapie, pensait avoir eu une enfance et des parents merveilleux, mais qui au fil des séances a pris conscience que quasiment tous les adultes qui l’entouraient, lui ont fait les pires horreurs. Son père notamment la violait très régulièrement la nuit. Cette consultante avait absolument tout occulté et sa famille paraissait bien sous tous rapports de l’extérieur, mais lisez ces lignes qui transpirent de vérité :
“Dans le quotidien mon père venait me violer, c'était insupportable. Je comprenais que ce soit insupportable dans ces moments-là. Mais même quand il ne venait pas, je n'étais pas bien et ça, je ne comprenais pas pourquoi. Que je sois en train de vivre quelque chose d’insupportable ou pas, aucune situation ne me permettait d’être sereine. Même quand on ne me faisait rien, j'étais constamment dans un bain d'angoisse, de tristesse et de honte. Dans cet état-là, tu ne peux pas être dans le moment présent. Tout ce que tu veux, c'est être ailleurs, donc dans ta tête tu pars ailleurs de là où tu es. Je n’étais pas là. Je voulais que le temps passe plus vite. J’ai passé ma vie à attendre demain. Comme si la vie ne pouvait être que demain puisqu’aujourd’hui c’est insupportable. Mais en fait la vie c’est jamais pour moi, parce que la vie ne se passe qu'aujourd'hui. J'attends toujours que l'on soit demain parce qu’aujourd'hui je sais que les choses ne vont pas être différentes d'hier. Du coup, moi et la vie, on ne va jamais se rencontrer puisque moi je ne suis pas là aujourd'hui, mais la vie, elle n'est là qu’aujourd'hui. J'ai fait pleins de trucs pour que les choses soient différentes, pour ne plus subir ce que je subissais, mais ça n'a jamais marché. Donc je sais que ce n'est pas possible que les choses soient différentes, je n’attends plus qu’elles le soient. J’en ai marre. Je veux que ça s'arrête. Je veux être nulle part et à aucun moment du temps. Mais ça ne s'arrête jamais.”
“Ma vie d'enfant a été une parenthèse et elle ne s'est jamais refermée. Je suis bloquée dans la parenthèse, il n'y a pas de texte à ma vie. Je n'ai pas de vie. Je veux toujours faire le truc d'après. Je n'ai pas la conscience du temps qui a passé. Où sont passées toutes ces années où je n’étais pas là, où j’étais ailleurs ? Toute ma vie, je n'étais pas là et c'était le mieux que je pouvais vivre. Il n'y avait pas de solution meilleure que celle-là. Le maximum du bien-être pour moi c'était d'oublier que je vivais. Du coup je connais un milliard de séries par cœur parce que j'ai vécu ailleurs que dans ma vie. J'ai vécu à des endroits où moi je n'existais pas (dans les livres et les séries). Je regardais la vie des autres, surtout pas la mienne. Pendant ce temps-là, personne ne vit ma vie. J'ai passé un tiers de ma vie à dormir, un tiers de ma vie à regarder la vie des autres, et le reste, je ne m'en souviens pas et je ne veux pas m'en souvenir parce que c'était insupportable. Du coup ma vie, je ne peux pas la raconter parce que je ne l'ai pas vécue. Il n'y a que mon CV qui peut la raconter. Tout ça c'est à cause des trucs insupportables que l'on a mis à l'intérieur de moi quand j'étais petite. Je ne pouvais pas vivre avec et je n'ai pas vécu avec, j'ai vécu à côté. Et à cause de ça, j’ai perdu plus de 30 ans de ma vie.”
Je finis ce texte par un message d’espoir : avec un travail thérapeutique adéquat, on s’en sort, vous pouvez vous en sortir.