“Voici pourquoi je déprime quand il pleut.”
Une jeune femme vient me voir en consultation depuis un moment. Lors d’une séance, elle souhaite travailler la problématique suivante :
“J’ai vraiment un problème avec la météo, chaque fois qu’il fait gris, je ne me sens pas bien, je déprime.” Voici ce que nous avons découvert ensemble (puisqu’elle avait occulté ces événements) et qui explique tout :
“Quand j’étais petite, il se passait quelque chose de différent quand il faisait gris, quand il pleuvait. Quand il faisait beau, on pouvait aller jouer dehors, mais par temps gris, je ne pouvais pas sortir, je ne pouvais pas fuir.” Une image lui revient, puis de nombreuses scènes qui expliquent son problème avec la météo.
“Je vois Mémé en colère, je sens que c’est dirigé vers moi. Je me rends compte que j'avais peur tout le temps quand j'étais avec elle. Il n'y a pas d'autres personnes qu'elle avec laquelle j'étais aussi terrifiée. Elle profitait de n'importe quel moment durant lequel les gens présents tournaient la tête ou le dos, allaient faire pipi ou allaient chercher un truc à l'autre bout de la pièce, pour me faire du mal. Elle ne loupait aucun de ces moments-là. J’avais peur tout le temps parce que ça pouvait tomber à n'importe quel moment. J'avais la trouille. On regardait une cassette à la télé quand il pleuvait, avec mes frères. Quand personne ne regardait, elle me mettait une pichenette derrière la tête ou un coup de pied dans les jambes. Un truc qui ne fait pas de bruit. Je suis assise par terre, elle est derrière moi assise sur le canapé. Je suis trop concentrée par le film pour surveiller. Ces gestes étaient gratuits. C’était par surprise. Elle me mettait aussi des claques quand je dormais. Je sens que c'était un vrai kiff pour elle de me faire ça. On était piégé par la météo. C’est une angoisse pas forte mais qui est en continu. Je ne pouvais pas surveiller, je ne pouvais même pas la voir venir parce qu'il n'y avait pas de signe annonciateur d’un coup. Par exemple, quand on se croisait dans la maison, parfois elle me mettait une petite claque en passant mais pas tout le temps donc je ne pouvais pas prévoir. C'était imprévisible, c'était très clair pour moi que c'était la conséquence de rien. C'était une catastrophe que ce soit la conséquence de rien parce que du coup, ça n’avait pas de sens. En plus, ce n’est pas du tout quelqu'un de méchant, ni quelqu'un de connu comme méchant. Je ne peux pas dire de quelqu'un qu'elle est méchante alors que 90 % du temps, je la voyais gentille : elle nous faisait des trucs que l'on aimait à manger, elle mettait toujours des gros œufs dans le jardin pour Pâques, elle faisait plein de trucs pour nous. Si je demandais à n'importe qui dans ma famille, si Mémé est une bonne ou une mauvaise personne, tout le monde me dirait que c'est une bonne personne et en toute bonne foi. Ils mettraient tous leur main à couper. Je me demandais comment une personne gentille peut faire quelque chose de méchant, je ne comprenais pas. Je me suis vite rendue compte que ce n'était pas parce que j'avais fait quelque chose de mal, puisque que ça arrivait même quand je mettais la table. Mais si ces coups n’ont rien à voir avec qui elle est, puisqu'elle est gentille, ni avec ce que je fais puisque je n’avais rien fait de mal, et bien c'est insensé. Mon cerveau va exploser. Cela veut dire que n'importe quoi peut arriver, n'importe quand et à n'importe qui. Aucun humain ne peut vivre avec cette idée. C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Il ne peut pas y avoir de sentiment de sécurité quand tu ne comprends pas comment le monde fonctionne autour de toi, quand il n’y a aucune logique au danger qui te tombe dessus. C’est pour ça qu’aujourd’hui j'ai peur, parce que je ne sais pas comment les choses vont se passer. Je ne sais pas si les gens gentils ne vont pas me foutre une tarte par surprise. En fait elle n'était pas gentille, maintenant je le comprends. Donc finalement c’était logique qu'elle me mette des tartes. Les gens mauvais peuvent mettre des tartes. Cette compréhension, ça donne du sens à la vie.”
Les syndrômes d’anxiété généralisée viennent de quelque part et vous pouvez trouver d’où, si vous êtes prêts à faire le chemin.