Psy Story #133 :

Voici pourquoi je ne dors pas la nuit.

Voici le récit d’une femme devenue grande qui a retrouvé dans son enfance des souvenirs de viols perpétrés par son père. Elle dormait dans la même chambre que son petit frère que son père violait aussi. Elle se sacrifiait pour éviter que son père agresse son frère, elle faisait semblant de vouloir l’agression pour que son père s’attaque à elle et protéger son petit frère. (Petit message aux agresseurs qui parfois interprètent certains comportements des enfants comme un consentement, cela n’en est jamais un, il y a toujours une autre explication parce qu’un enfant à la base ne veut pas être détruit).
Cette femme est épuisée parce qu’elle a l’impression de ne pas dormir quand elle dort, comme si elle ne lâchait jamais. Voici l’explication dans le témoignage de la petite fille qu’elle était qui sort en thérapie par la bouche de la femme qu’elle est devenue :
“Il y a 0 seconde de repos même quand je dors. Si je baisse la garde un tout petit peu, les conséquences sont trop graves : je ne verrai pas arriver les attaques sur mon frère. Tant que c'est sur moi je m'en tape, je suis tellement détruite que ça ne changera rien. Je suis épuisée de vivre comme ça en supportant tout ce que j'ai à supporter. Je veux m'allonger et dormir. J'en rêve, de dormir en vrai. Il n'y a que dans la voiture que je peux dormir tranquille tant que l'on roulait, il ne pouvait rien se passer.”
“Petite je courais toujours partout et je sautais partout alors que j’étais épuisée. C’était pour mon frère, je n'avais pas le droit de montrer que j'étais fatiguée. Il fallait qu'il ait ce semblant de normalité et de joie. Il fallait que je sois comme un petit lutin dans la forêt : sautillant et joyeux pour le faire sourire. C'est ce qui me rendait le plus heureuse de le voir sourire.”
“J'avais peur de m'endormir. Je mettais des Legos par terre pour que mon père marche dessus et fasse du bruit. Je me disais que si une mouche marchait sur le lit de mon frère, il fallait que je l'entende. Parfois je m'endormais d'épuisement, enfin je somnolais puis je me réveillais en sursaut, je regardais si mon petit frère allait bien. Je le regardais dormir et je lui disais “désolée je me suis endormie”. Je me remettais sur mon lit mais assise, pour ne pas m'endormir. Quand mon père venait, je faisais semblant d'être contente qu'il soit là, pour qu'il vienne sur moi et qu'il laisse tranquille mon petit frère. Je me disais que c’était comme un chat à qui on donne un bout de viande. On sait qu'il va venir par là. Quand il repartait, je ne dormais pas, au cas où il reviendrait. Je savais que le lendemain il y avait école. Une fois en CP, j'ai pleuré à l'école, j'ai dit à la maîtresse qui m'a demandé pourquoi je pleurais “je veux juste dormir”. Même quand on ne dormait pas à la maison, sans mon père, je ne dormais pas parce qu’il était tellement méchant qu'il pouvait venir jusqu'ici.”
“Il ne fallait pas que je vois ma fatigue, c'était dangereux parce que si je voyais ma fatigue, j’allais me laisser aller à être fatiguée et là c’était pas possible. Je repoussais tout le temps la fatigue. Même quand mon frère dormait chez un copain, je restais éveillée pour surveiller que mon père ne parte pas chez le copain. Dans n'importe quelle situation je ne dormais pas, sauf dans la voiture quand on roulait. Je me suis beaucoup dit “tu n'es pas fatiguée, tu n'es pas fatiguée”. Si je veux faire à mon frère une vie plus normale et plus joyeuse, je ne peux pas être fatiguée, dès que je posais mon corps quelque part, dès que je fermais les yeux, je me serais endormie. Je me vois tomber au foot, être par terre et me dire “je m'endormirais bien là”. Parfois je demandais à mes jambes de me porter tellement j’étais fatiguée.”
Ce récit me semblait aussi intéressant à vous partager pour remettre à sa place la question des faux souvenirs. Chaque personne qui retrouve des faits de viol, si elle continue sa thérapie pour retrouver tous les bouts du puzzle, au bout d’un moment, le puzzle dans sa globalité, prend tout son sens. Découvrir que l’on a été violé enfant, n’est pas juste une pensée qui passe par la tête ou un flash ; ce sont des émotions qui se libèrent quand elles sont comprises ; et ce sont aussi les récits de tous les “à côtés” des conséquences que le viol a eu sur la vie de l’enfant et de l’adulte, et qui prouvent aussi l’existence du viol.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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