“Les faux souvenirs n'existent pas.”
Je remercie la consultante qui me permet aujourd’hui de vous partager un bout de son ressenti de petite fille lorsque son père l’a violée, vers ses 6 ans. Je vous partage ce témoignage pour répondre aux personnes qui me disent “Mais Lucie et les faux souvenirs ? Ne peut-on pas inventer des souvenirs ?” Je vous laisse juger par vous-même si on peut inventer ce qui suit. Pour rappel : une petite fille de 6 ans n’a que ses sensations corporelles pour interpréter, comprendre, ce qui lui arrive quand cela est aussi violent et incompréhensible qu’un viol, d’autant plus par son père. Voici comment ses sensations nous racontent le viol :
“Je suis morte d'un coup, il m’a tuée, ça m'a tué moi en tant qu'individu : j'avais besoin de l'amour de mon père et là je n’étais plus rien. Il a aussi tué mon corps. Il y a eu pénétration par ce truc énorme en moi. J'avais 6/7 ans, ça a tout déchiré à l'intérieur, ça a tout malaxé. Ensuite mon corps est resté mort pour ne plus jamais ressentir ça de nouveau. Ça a tout déchiré, c'est la vie qui est partie. Je ne pouvais me retenir à rien, il m'a tout aspiré, comme un grand aspirateur. Il a repris ma vie. C'est un mal horrible physiquement. Je ne sais pas comment décrire une douleur aussi atroce. On a l'impression que ça ne va jamais s'arrêter. Ça brûle, ça déchire, c'est pire que quand tu te coupes. C’est avoir un alien à l'intérieur. Tu te demandes par où ça va sortir. Je me suis dit que ça allait faire comme dans les films, que ça allait craquer la peau et sortir par d'autres endroits du corps, comme les aliens. C’est comme si on était habité, envahi. Il n'y a plus rien de moi à l'intérieur, tout est remplacé par l'horreur. Tout a été enlevé, remplacé par ce qu'il a mis, lui. Il n'a laissé que l'enveloppe. Il n'y avait pas de place pour que mes organes restent avec tout ce qu'il avait mis. Il n'y avait plus que mon petit cœur rouge qui battait, pas plus. C'est comme s'il y avait 10000 trucs à l'intérieur de moi, des trucs qui pouvaient sortir de ma peau et craquer partout. C'est comme une marre de Piranha et les piranhas ça bouffe tout et ça sort partout. Impression d'être bouffée de l'intérieur. Dans ma vie, je me suis toujours dit qu’il fallait se méfier des autres parce qu'ils peuvent te bouffer…
Ça grouille à l'intérieur, ça fait mal, ça prend la place de tous mes organes. Il n'y a plus rien de vivant en moi. Il va atteindre mon cœur. J'ai sauvegardé une petite partie de mon cœur et je l'ai emmené avec moi dans ma tête.
Comme c'était mon père, je lui faisais confiance. Un père ça protège, ça fait pas mal. Quand il a fait ça, c'est une porte qui s'ouvre sur une autre dimension, mais de l'autre côté de la porte, c'est pas la clarté, c'est que du sombre. On tombe dans le néant, dans un gouffre, dans le vide. Je me suis dit que je ne ferai plus jamais confiance à personne. Il a tué l'amour que j'avais pour lui, il a tué mon coeur. Il a remplacé tout ce que j'avais de vivant en moi, par du mort. Il ne faut pas aimer les gens, parce que si tu les aimes et qu'ils te font mal, ça fait encore plus mal justement parce que tu les aimes.”
Et voilà comment une petite fille qui a le coeur grand ouvert, peut le fermer à tout jamais….
Heureusement, soigner ce coeur blessé lui permettra de se rouvrir aux personnes adéquates.