Psy Story #110 :

"La théorie des faux souvenirs est une invention pour nier la réalité."

Une dame vient me voir en consultation, elle exprime un profond mal être dont nous trouvons la cause dans ses souvenirs enfouis qui remontent : elle a subi des violences sexuelles durant toute son enfance de la part de son père. Elle a même pris conscience à son grand étonnement, qu’il l’avait agressée aussi lorsqu’elle avait 22 ans et qu’elle avait aussi effacé ce moment de sa mémoire. Même si elle en a douté au début, comme toutes les victimes ayant enfoui leurs souvenirs, des images claires de l’agression lui sont revenues. Le récit qui suit sont ses dires en thérapie. Je la remercie de m’autoriser à les partager.
Ces phrases énoncées, sont encore la preuve que les victimes n’inventent pas, que la théorie des faux souvenirs dans ce genre de situation n’est qu’une tentative de la société de ne pas vouloir voir une réalité trop insupportable, mais les faits sont là :

“Les images de ce qu'il m'a fait me reviennent. J'ai honte, j'ai honte d'être si sale et j'ai honte de ce qu'il a fait. Je ressens ce qu'il me fait alors que je ne devrais pas le ressentir. J'essaie de me concentrer sur la douleur de mes muscles pour éviter de ressentir ce qu'il me fait, pour en avoir le moins de souvenirs possible. Je ferme les yeux en essayant d'imaginer que ce n'est pas lui mais ça ne marche pas. Plus le temps passe et plus ça m'enfonce. J’ai la sensation que je vais m'évanouir, mais quand je suis dans cet état-là mes muscles se détendent donc il faut que je me reprenne pour rester contractée. Il n'y a que quand il eut fini que je me suis permise de me détendre même si j'avais encore mal. Après je me suis dit “c'est gérable si tu arrives à rester loin de la douleur de ton cœur”. Mon cœur est tout dur, il bat tout doucement parce que c'est dur de faire battre quelque chose de dur. En vrai, mon père ne m'aime pas du tout pour me faire ça. Je ne suis plus rien du tout. Mon cœur, c'est un effort à chaque battement. La douleur physique c’est la douleur de la crispation extrême de mes muscles. La douleur d'être écrasée, piétinée. J'avais oublié à quel point il ne m'aimait pas. La douleur elle est au cœur : le cœur se sert et à l'inverse c'est comme si ça allait exploser dans ma tête.
Juste après, je suis perdue, je ne sais même pas si c'est arrivé. Je me dis que c’est nul, je ne sais pas ce qu'il faut que je fasse. J'ai un sentiment d'abattement et de résignation de me dire que je ne serai jamais libre. Pour moi il n'y a plus d'après, je suis arrêtée. Je suis vide, comme s'il ne se passe plus rien. Mon cœur ne fonctionne plus. J'ai très froid. Je me sens très sale et je ne me sens plus capable de bouger. J'ai juste envie de me mettre en boule et de rester comme ça. Il m'a dit “qu'est-ce que tu fous, rhabille-toi !”. Je l'ai fait mécaniquement. Je suis “vide totale”. Je suis dégoûtée. Je suis robotisée. Après on est arrivés à la maison, je suis allée directement dans ma chambre. Je suis allée aux toilettes et j'ai pris un bain. Depuis je me suis dit “bon bah je continue à vivre comme ça, en me disant que dedans, je ne sourirai plus jamais”. Je continuais à me lever tous les matins en sachant que dedans, c'est un champ de guerre, c'est complètement détruit et j'ai vécu comme ça toute ma vie.”

Voici, selon moi, une preuve que les faux souvenirs n’existent pas, dans le cas des remontées des souvenirs/sensations d’agressions sexuelles.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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