“Elle avait tout oublié” Partie 2
Une petite fille, devenue grande, raconte la noyade qu’elle a subie par un membre de sa famille. Elle n’a malheureusement pas subi “que” ça. Sa vie d’enfant a été envahie par des agressions diverses et variées. Mais elle avait TOUT oublié. Elle est venue sans AUCUNE conscience d’avoir subi des horreurs enfant. Elle souffrait d’angoisses, de phobies, etc. Elle pensait, comme tant d’autres, avoir un “caractère angoissé”. Comme vous allez pouvoir en juger, son angoisse, ne venait “malheureusement” pas de son caractère :
“Il faut que je force pour respirer. Un truc qui pèse sur moi. J'étais en train de mourir. J'ai arrêté de vouloir des trucs. J'ai juste laissé faire. Je ne pouvais rien faire. Je me suis dit : “C'est fini.” J’étais d'accord. En moi, il n'y a rien qui lutte pour que ce soit autrement. J'ai été surprise quand la vie est revenue en moi, après. “C'est pas fini. Ma vie n'est pas finie. Je n'ai pas envie, je suis fatiguée.” On ne m'a pas laissée mourir tranquille. J'avais lâché mais en fait, il faut revenir dans ce truc horrible. Non je ne veux pas revenir dans cette vie-là, laisse-moi sous l'eau ! J'ai assez donné. C'est bien déjà. C'est encore et encore. Après que tu sois morte, on te ramène pour te faire les mêmes trucs. Je n'ai plus de force. J'arrête. C'était une découverte pour moi que ça pouvait s'arrêter (par la mort). Il ne m'a pas sauvée en me sortant la tête de l'eau, il m'a ramenée dans l'enfer qu’était ma vie. Me sauver, ça aurait été me laisser sous l'eau. Je suis fatiguée. Ma vie n'est qu'une série d'efforts. Ma vie ne ressemble qu’à ce que j'ai déjà connu : du noir. Je regarde derrière, je vois le chemin que j'ai parcouru. Je regarde devant et c'est pareil. Je n'ai pas envie d'y aller. Je ne comprends pas pourquoi je dois continuer. Ça va toujours être comme ça. Je ne savais même pas qu'autre chose était possible. Ça sert à quoi la vie ? Je suis un hamster qui court dans une roue. On fait tourner la roue donc je suis obligée de courir. Je vais nulle part. Ça ne s'arrête jamais. Eux (ses agresseurs), ils se relaient donc même si l’un d'entre eux meurt, ça ne s'arrêtera pas, parce qu'ils sont trop nombreux. Je suis triste que ça dure et que ça ne changera jamais. Il n'y a aucune porte de sortie. Il y a toujours quelqu'un qui viendra me chercher. Ça ne peut pas être différent mais moi je n'en peux plus. Comme si mes limites n'avaient pas de limite. La seule chose qui n'a pas de limite c'est ma souffrance à moi, la quantité de peur, de douleur et de fatigue que je peux ressentir. Il y a trop d'infos. J'ai envie de fermer les yeux, je voudrais qu'on éteigne toutes les stimulations qui sont autour de moi. On vient m'embêter tout le temps, il n'y a pas de moment où ça se calme. Je suis attaquée continuellement. La nuit aussi on vient m'embêter. Ça ne s'arrête jamais et ça ne s'arrêtera jamais. Mes capacités d'avoir une réflexion se sont arrêtées. Quelque chose s'est arrêté. J'étais devenue avec les mêmes caractéristiques qu'un objet : sans rêve, sans plaisir, sans déplaisir, sans envie, sans projet, sans vie.”
Voilà comment la mémoire parle, après une amnésie traumatique (un oubli total) de plusieurs dizaines d’années. Je vous présente des récits comme celui-ci pour que vous puissiez, petit à petit, comprendre comment la mémoire remonte, et que les faux souvenirs ne sont qu’une légende érigée pour discréditer la parole des victimes, parce que personne ne peut inventer un récit du genre de celui qui précède.