« Mon fils de 11 ans est un menteur et un manipulateur »
Une famille vient me voir en consultation parce que leur fils de 11 ans ment. Le père durant la séance dira même « il sait manipuler son monde ».
Je leur demande si eux ou quelqu’un d’autre a menti à leur fils car d’après mon expérience une des raisons (il en existe d’autres) pour lesquelles un enfant ment est que quelqu’un ment dans son entourage.
Le fils prend alors la parole :
- « Moi je sais. Ils m’ont menti plusieurs fois : avec la petite souris et mes copains se sont tous moqués de moi parce que j’étais le dernier à le savoir. Et maman tu m’as menti quand on était chez mamy en me faisant croire que la climatisation se mettait en route toute seule juste parce qu’elle savait si on avait chaud ou froid. »
Je l’invite à raconter à ses parents comment il s’est senti dans chacune de ces situations. C’était un garçon qui présentait une grande facilité pour exprimer son ressenti et ses émotions. En les regardant il leur dit :
- « Quand j’étais dans la cour de l’école et que j’ai parlé de la petite souris, ils se sont tous moqués de moi, ils ont tous rigolés en me traitant de bébé parce que j’y croyais encore. »
Je demande aux parents ce qu’ils ressentent en entendant à quel point leur fils avait souffert de cette situation. Ils étaient surpris et désolés.
- « Vous avez envie de lui dire quoi ? »
Le papa commence :
- « Je comprends que tu te sois senti mal, c’est un mensonge que l’on raconte aux enfants, notre intention n’était pas de te blesser, je suis désolé. »
Dans ces cas-là, je guide les parents dans leur verbalisation pour être sûre qu’ils n’omettent pas :
- de reconnaître les faits : qu’ils ont en effet menti,
- de dire qu’ils comprennent que leurs actes ont blessé leur fils,
- de s’excuser.
J’invite le fils à raconter son ressenti vis-à-vis du second mensonge.
- En fait chez mamy tu te moquais de moi, vous rigoliez derrière mon dos. Ça m’a fait trop mal.
J’invite la maman et faire le même exercice que pour la première situation :
- Je suis désolée mon chéri, c’est vrai je t’ai menti. Ton innocence était tellement mignonne, et tu semblais tellement fasciné que la climatisation puisse savoir si on avait froid ou chaud que je n’ai pas résisté à te mentir pour voir les étoiles briller dans tes yeux, c’était une erreur de ma part. Je comprends que cela t’ait fait mal. Je suis vraiment désolée.
J’invite la maman à prendre son fils dans ses bras, en lui disant « je suis désolée ». Il y eu beaucoup d’émotions durant cette séance familiale.
Suite à cette séance le fils ne mentit plus et son père arrêta d’insinuer qu’il était manipulateur.
Point d’intérêt de cette psy story : rendons-nous compte des effets néfastes qu’une telle situation peut avoir sur le long terme si elle n’est pas dénouée. L’enfant qui ne fait pas le rapport entre ses mensonges et le fait qu’on lui ait menti peut penser qu’il est comme ça, que sa nature c’est d’être un menteur. Je vous laisse imaginer les conséquences que cela peut avoir sur l’image qu’il a de lui-même et sur sa confiance en lui, ajoutez à cela les réprimandes de son entourage qui est fatigué de l’entendre mentir et qui ne comprend pas. D’où l’importance d’essayer de comprendre pourquoi un enfant ment, plutôt que de lui donner des noms d’oiseaux qui ne vont faire que le culpabiliser, empirer la situation et agrandir le fossé entre lui et vous. L’aide d’un professionnel est parfois nécessaire parce que souvent l’enfant lui-même ne sait pas pourquoi il ment.
Bien sûr ceci est un résumé rapide de la séance pour que la compréhension du mécanisme qui nous intéresse soit plus claire.