« Je dois continuer à me sentir coupable ; c’est important ! »
Une dame vient me voir en consultation avec la demande suivante : « être moins malheureuse ». Une des choses qui fait qu’elle est malheureuse c’est la tristesse que sa cousine ne soit plus là. Celle-ci est décédée dans un accident de voiture. La plupart du temps dans ce genre de cas, je vérifie s’il y a de la culpabilité avant de travailler sur la tristesse parce qu’il est compliqué d’arrêter d’être triste de quelque chose dont on se sent encore coupable.
La dame avait trouvé un travail à sa cousine et celle-ci était justement sur la route pour ce travail lorsqu’elle a eu cet accident. Elle se sent coupable de l’accident parce qu’il n’aurait pas eu lieu si elle ne lui avait pas trouvé ce travail. On commence à enlever la culpabilité, elle se rend compte qu’elle est en effet responsable de lui avoir trouvé un travail mais pas de son accident. La culpabilité diminue mais ne part pas.
Je lui demande comment elle se sent par rapport à la diminution de cette culpabilité.
Sa réponse : « Je me sens mieux QUAND MEME ».
C’est comme si elle disait « je me sens mieux même si la culpabilité diminue ». Comme si le fait que la culpabilité diminue ne l’aidait pas à se sentir mieux, au contraire. Cela attire mon attention de thérapeute. Je lui demande « pourquoi « quand même » » ?
- « Parce que si la culpabilité s’en va, je n’ai plus de lien avec elle. » Et elle commence à pleurer.
Là il y a un risque à lâcher la culpabilité. En tant que thérapeute il est important de s’en rendre compte.
Je l’ai invitée à fermer les yeux et à visualiser un lien d’amour et à sentir que même si la culpabilité s’en va, le lien d’amour reste. Après cette visualisation, la culpabilité avait disparue.
Point d’intérêt n°1 de cette PsyStory : En tant que thérapeute, il est important d’être très attentif à chaque mot du consultant. Si je n’avais pas relevé les mots « quand même », je serais passée à côté d’une information fondamentale pour la suite de la libération. Il est important de relever tout ce qui semble contradictoire de près ou de loin.
Point d’intérêt n°2 de cette PsyStory : Il arrive fréquemment que les gens ayant perdu un proche considèrent la culpabilité ou la peine comme seul lien restant avec le défunt. Dans ce cas, il peut être intéressant de les aider à se rendre compte que même s’ils arrêtent de souffrir 24h/24h, même s’ils arrêtent de se sentir coupables, ils n’oublieront pas la personne et que le lien d’amour est indéfectible ; cela suffit souvent à lâcher la peine et la culpabilité sans dommage collatéral.
Bien sûr ceci est un résumé rapide de la séance pour que la compréhension du mécanisme qui nous intéresse soit plus claire.