Psy Story #22 :

« Si je ne donne pas d’importance à ma tristesse elle partira, Non ?"

Une dame vient me voir en consultation pour retrouver l’enthousiasme de la vie. On se rend compte que ce qui l’empêche de sentir cet enthousiasme c’est la présence d’une tristesse. Sa demande se transforme donc en : « faire disparaître la tristesse ».
C’est la tristesse d’avoir dû se construire toute seule et de ne pas avoir été ni soutenue ni encouragée par ses parents. Pour l’aider à se libérer de sa tristesse, je lui pose la question suivante :
- « Comment c’est de ne pas avoir été soutenue par ses parents ?
- C’est devenu une habitude, je pensais que ce n’était pas grave.
- Vous pensiez (au passé). Et maintenant vous pensez quoi ? C’est grave ou pas, de ne pas avoir eu de soutien et d’encouragement de la part de ses parents, de devoir se construire seule ?
- Il faut que je trouve une solution pour que ce ne soit pas grave.
- Il n’y a aucune solution pour que ce ne soit pas grave. »
Les gens ont souvent tendance à minimiser les choses en espérant que cela va leur permettre de moins en souffrir. En fait c’est le contraire : c’est en regardant les choses en face (et non en les minimisant) que l’on peut se libérer. Une tristesse pour quelque chose de grave, ne peut pas partir tant que la personne ne reconnaît pas la gravité de ce qu’elle a vécu. Bien sûr de se dire « ce que j’ai vécu n’est pas grave » permet d’avancer malgré tout, de se construire. Mais sur la durée, pour être totalement libéré, il faudra à un moment donné, reconnaître que la tristesse est là pour quelque chose d’important. En minimisant, la personne dit à sa tristesse : « tu es là pour pas grand-chose », ce qui est l’inverse de ce qu’il faut dire à une tristesse pour qu’elle puisse partir. Pour cette dame, il va être important de reconnaître qu’elle a manqué de quelque chose de fondamental : de la présence et du soutien de ses parents, d’un pilier pour grandir. Je lui demande donc :
- « Comment fait-on partir une tristesse ?
- En l’identifiant, en la minimisant. (Elle pense que de continuer à minimiser la gravité de ce qu’elle a vécu va l’aider à faire disparaître sa tristesse)
- Ça veut dire quoi la minimiser ?
- Ne pas donner d’importance à cette tristesse.
- Pourquoi ? Elle n’est pas importante ?
- Si elle est importante.
- Donc vous voulez ne pas donner d’importance à quelque chose qui est important c’est ça ?
- C’est une manière de contourner les choses.
- Ça fonctionne bien de faire ça ? (Je la mets face aux limites d’un fonctionnement qui a marché pendant longtemps mais qui ne lui permet pas d’être libérée de sa tristesse.)
- Non.
- Donc il faut faire quoi alors ?
- Il faut la regarder en face et que je l’accueille.
- C’est grave ou pas d’avoir dû organiser votre vie seule sans référence parentale ? De ne pas avoir été soutenue ni encouragée ?
- J’ai construit 30 ans de ma vie sur le fait que ce n’était pas grave.
- Ça a marché ?
- Oui pendant un moment mais ça ne marche plus.
- Donc c’est grave ou pas ?
- C’est important, c’est sérieux. J’ai manqué de quelque chose de fondamental.

Après cette phrase, elle a éclaté en sanglot pour commencer la libération de sa tristesse.
Point d’intérêt de cette PsyStory : tant que l’on minimise la gravité des faits vécus, on ne peut pas accueillir en totalité la tristesse générée par ces faits et donc on ne peut pas s’en libérer. Oui cela peut servir de minimiser, pour les petites choses du quotidien, de se dire que ce n’est pas grave. Oui cela est parfois une question de survie pour les enfants de se dire que ce qu’ils vivent n’est pas grave. Mais à un moment donné, pour vous libérer, il faudra reconnaître la juste gravité des faits que vous avez vécus.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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