J’ai oublié parce que maman ne m’a pas crue.
Une jeune femme vient me voir en consultation. Elle a une profonde tristesse en elle mais selon elle, elle n’a rien vécu qui justifie une telle souffrance. Au fur et à mesure des séances, elle prend conscience que petite, un homme lui a fait du mal ; fait qu’elle avait totalement enfoui. Quand la conscience de cet événement remonte, elle raconte :
- « Je l’ai dit à maman mais elle ne m’a pas crue ».
En formulant cette phrase, elle est totalement submergée par l’émotion. Elle continue :
- « C’est pour ça que j’ai oublié : comme elle ne m’a pas crue, j’ai pensé que j’avais menti et je me suis dit que ça ne s’était pas passé et j’ai oublié. »
Il arrive très fréquemment que les enfants occultent, oublient les événements malveillants dont ils sont victimes : pour ne pas trop souffrir, pour pouvoir continuer à vivre, pour avancer malgré tout. S’ils le gardaient à la conscience ce serait trop de souffrance pour leur cerveau, trop d’incompréhension, trop d’insécurité pour leur condition d’enfant. Mais souvent ils oublient parce qu’ils ne peuvent pas le dire et que rester seul avec ça serait insoutenable. Souvent ils ne peuvent pas le dire parce qu’ils sentent que personne ne pourra les entendre ou les croire. Premièrement parce que personne ne souhaite apprendre que l’on a fait du mal à son enfant. C’est horrible en soi de l’admettre, de croire ce que l’enfant dit. Deuxièmement il ne faut pas oublier que, dans plus de 80% des cas, les violences sur les enfants sont commises par un membre de l’entourage. Selon une enquête menée par l’association « Mémoire Traumatique et Victimologie », dans 94% des cas, les violences sexuelles sur mineur sont commises par un proche. Le problème est que personne ne souhaite entendre que quelqu’un de proche est capable du pire sur les enfants malgré une apparente gentillesse. Cela n’aide pas les enfants à être crus.
Je profite de cette PsyStory pour vous rappeler que quand les enfants parlent des actes malveillants qu’ils subissent, souvent ils ne disent pas « tata est une pédophile » ou « ce monsieur m’a violé(e) ». Leurs phrases (surtout pour les petits) se rapprochent plus souvent de « il m’a fait mal », « il n’est pas gentil », « elle m’a puni(e) » ou « je ne veux pas rester avec eux ». Donc écoutez vos enfants, posez-leur des questions si vous avez un doute, demandez-leur des précisions, prenez-les au sérieux, et surtout soyez prêt à entendre que même le plus sympa de vos proches est peut-être capable du pire.