« J’ai ressenti du plaisir quand il a abusé de moi. Suis-je normale ? »
Une dame venant me voir en consultation relate les attouchements sexuels dont elle a été victime à la préadolescence. Lors de son récit, elle parle de plaisir qu’elle aurait ressenti et dit tout de suite « mais c’est n’importe quoi ». Je lui dis que « non ce n’est pas n’importe quoi » et je l’invite à développer. Elle finit par dire difficilement : « Quand il m’a caressée ALORS QUE JE NE VOULAIS PAS, j’ai ressenti du plaisir. » Elle ne l’avait jamais dit. Elle trainait, depuis de nombreuses années, la culpabilité d’avoir ressenti du plaisir. Elle se disait qu’elle n’était pas normale. Il arrive parfois que le corps des victimes de violences sexuelles ressente du plaisir. Je dis bien « le corps » pour insister sur la différence, dans cette situation, entre leur corps et leur esprit. Leur corps peut ressentir du plaisir même si tout leur être refuse ce qu’il est en train de se passer. Je l’ai aidée à prendre conscience qu’elle n’était ni anormale, ni coupable d’avoir ressenti du plaisir, qu’elle n’était pas la seule dans ce cas-là et qu’en AUCUN CAS avoir pris du plaisir signifie « avoir été d’accord ».
Par le biais de cette Psystory, je voudrais m’adresser à toutes les personnes hommes ou femmes qui ont pu ressentir du plaisir alors qu’on leur faisait subir des violences sexuelles. Je voudrais vous dire que vous n’êtes ni pervers, ni maso, ni bizarres. Le corps d’un être humain peut parfois ressentir du plaisir alors que la personne vit et ressent l’horreur. Et ce n’est pas parce que vous avez ressenti du plaisir que ce que l’on vous a fait subir n’était pas grave ou que vous étiez d’accord avec l’acte.
Le fait de ressentir du plaisir peut d’ailleurs augmenter les séquelles gravissimes sur la victime car le ressenti corporel de plaisir peut induire des sentiments extrêmement contradictoires dans son cerveau. Elle ressent du plaisir alors qu’elle déteste, alors que l’acte la répugne. Les victimes ayant ce vécu culpabilisent souvent énormément alors que ce n’est en rien de leur faute. On peut être en train de vivre l’enfer et qu’une caresse fasse son effet « biologique ». D’ailleurs les victimes racontent cette sensation de plaisir la plupart du temps avec dégoût.
Si quelqu’un que vous détestez passe à côté de vous et que, sans vous demander votre avis, il vous caresse le bras d’une manière très agréable, il est possible que la peau de votre bras réponde à cette caresse. Vous ne souhaitiez pas ressentir cette sensation agréable, vous n’étiez pas d’accord pour que cette personne vous touche pourtant vous avez ressenti la sensation de plaisir de la caresse. CE N’EST PAS DE VOTRE FAUTE. C’est juste que vous êtes des êtres sensibles, dotés des récepteurs sensoriels qui peuvent n’en faire qu’à leur tête, même si vous ne voulez pas ressentir ce qu’ils vous font ressentir.
Et pour ceux qui peuvent se dire (à voix haute ou dans leur for intérieur) : « Si elle a aimé ça, c’est qu’elle était d’accord ». Voici ce que je pourrais vous répondre : Imaginez quelqu’un qui adore la grenadine. Vous le forcez à boire de la grenadine alors qu’il ne veut pas, vous allez contre sa volonté et après vous dites qu’il était d’accord parce que le goût lui a plu… Je vous laisse tirer vos propres conclusions…