« Mon fils se braque pour un rien. »
Je reçois un jeune avec sa maman. La maman me raconte : « Il se braque dès que je lui dis quelque chose. Par exemple hier je lui ai dit : « Tu n’as pas lavé tes oreilles. », parce qu’elles étaient sales. Ce n’était rien de méchant mais en ce moment il prend tout mal. »
Je sais en tant que thérapeute que si un être humain a une réaction émotionnelle qui semble disproportionnée, c’est que ce qui la déclenche vient appuyer sur une blessure émotionnelle non soignée. Je me mets donc à la recherche de la blessure que les phrases de sa mère viennent toucher chez ce jeune et merveilleux garçon.
- Je lui demande : « Quand ta maman te dit que tu n’as pas lavé tes oreilles, tu as l’impression que quoi ? »
- « Que je ne les ai pas lavées, alors que je les ai lavées. »
La maman m’explique par ailleurs qu’il dit souvent « Je suis nul, je ne sais rien faire. » Un enfant ne croit pas qu’il est nul comme ça, sans raison. Il se passe ou il s’est forcément passé quelque chose qui lui (a) fait penser qu’il était nul. Nous nous mettons donc à enquêter sur ce qui a pu lui faire croire ça.
La maman nous partage une idée : « Quand il était petit, son père lui demandait de faire des choses qui n’étaient pas de son âge, des choses qu’il ne lui était pas possible de faire parce qu’il était trop petit. Par exemple, il devait faire manger sa petite sœur, lui faire faire ses devoirs et si les devoirs n’étaient pas faits correctement, il se faisait gronder. »
Je résume auprès du jeune : « D’accord donc ton papa te demandait de faire des choses quand tu étais petit. Mais souvent tu n’y arrivais pas. Ensuite il te grondait et donc tu te sentais nul de ne pas y être arrivé. C’est ça ? »
Le jeune confirme mon hypothèse.
- Je vérifie la culpabilité : « Est-ce que c’est de ta faute si ton papa te grondait ? »
- « Oui. Parce que je n’y arrivais pas. »
- « Pourquoi tu n’y arrivais pas ? »
- « Parce que j’étais trop petit. »
- « Et c’était de ta faute d’être petit ? »
- « Non. »
- « Donc est-ce que c’est de ta faute s’il te grondait ? »
- « Non. »
- « Est-ce que c’était parce que tu étais nul que tu n’y arrivais pas ? »
- « Non, c’est parce que j’étais trop petit. »
- « Exactement. »
Ceci est un résumé du travail de déculpabilisation que nous avons fait ensemble. Nous avons vu ensemble qu’il n’était pas nul. Nous avons enlevé la honte de lui qu’il avait gardée dans son cœur de cette époque. La séance s’est terminée sur sa conclusion : « En fait je ne suis pas nul, je suis intelligent ».
Quand on enlève la culpabilité de l’événement passé qui a laissé des traces, la croyance négative « Je suis nul, je ne sais rien faire » s’en va et l’enfant ne réagit plus de manière disproportionnée aux situations/phrases qui avant venaient appuyer sur sa blessure.