Psy Story #69 :

« Je ne suis pas sûre qu’il m’ait violée. »

Cette PsyStory s’adresse d’une part aux personnes ayant été victimes de violences sexuelles mais qui doutent de ce qu’elles ont vécu. Elle s’adresse aussi au reste de la société qui ne comprend pas toujours qu’une victime ne soit pas claire dans ses propos ou qu’elle-même doute du fait d’avoir subi ou non ce qu’elle pense avoir subi.
Premièrement, le phénomène de dissociation qui se produit pendant un viol explique pourquoi la victime doute de la réalité de ce qu’elle vit ou vient de vivre : les émotions, la peur, l’incompréhension, la douleur peuvent être tellement fortes que, pour ne pas mourir d’une crise cardiaque, le cerveau disjoncte et coupe la personne de toute sensation et de toute émotion. Elle peut alors être totalement anesthésiée. Or, ce qui nous permet de savoir que ce que l’on vit est vrai, ce sont nos sens, nos sensations, nos émotions. Sans cela et dans une situation totalement incompréhensible, la personne a une sensation d’irréalité, elle doute de la réalité de ce qu’elle est en train de vivre. Pourtant elle est bien en train de le vivre. C’est entre autre chose ce processus de dissociation qui fait douter les victimes des faits subis. Mais il peut y avoir d’autres paramètres qui font encore plus douter les victimes. Par exemple une petite fille agressée sexuellement par son père pendant la nuit à qui sa maman dit « tu as fait un cauchemar, rendors-toi. » Certains adultes diront qu’ils l’ont fait en espérant atténuer le traumatisme chez cette petite fille. Ce qui bien sûr est faux, bien au contraire. Puisque cette réaction nie la raison de la souffrance de l’enfant qui pourra être mal toute sa vie en se disant qu’il n’a rien vécu, que cette mélancolie qu’il sent au fond de lui ne vient de nulle part. La sensation d’irréalité dans ce cas a été accentuée par les paroles qui indiquent que rien ne s’est passé. Sachant que l’état de somnolence peut rajouter à cette sensation de flou et d’irréalité qui fait douter les victimes.

Mais dans cette PsyStory je voulais parler d’un comportement qui est assez commun chez les auteurs d’agressions sexuelles envers des enfants de leur entourage. Après avoir commis l’acte, ils font comme si de rien n’était. Ce comportement déstabilise complètement les victimes et les fait encore plus douter de la réalité des faits. Une dame raconte : il me violait, je hurlais, il m’empêchait de crier et juste après il me disait d’aller manger mon goûter, il me donnait un bonbon, il me faisait un bisou. Il faisait comme si de rien n’était. J’étais totalement perdue, je ne savais plus où j’étais, je me demandais si c’était bien arrivé. C’est pour ça que j’ai toujours pensé que j’inventais ».
Voilà. J’espère que cette PsyStory pourra permettre à certains d’entre vous de comprendre que de dénoncer des faits de violences sexuelles c’est tout sauf simple, notamment à cause de ce doute qui peut gangréner les victimes jusqu’à ce qu’elles se croient pour enfin pouvoir se libérer.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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