Psy Story #70 :

« C’est de ma faute s’il m’a violée parce que je n’ai pas bougé, pas crié. »

Cette PsyStory s’adresse d’une part aux personnes ayant été victimes de violences sexuelles qui pensent être coupables de ce qu’elles ont subi parce qu’elles n’ont pas réagi, pas bougé, pas crié, parce qu’elles ne se sont pas débattues. Elle s’adresse aussi à tous ceux qui insinuent que si la victime n’était pas d’accord, elle aurait tapé, hurlé, crié, couru, etc.
La société n’est pas encore assez au courant d’un phénomène biologique de survie, utilisé par le cerveau des victimes de violences graves : la dissociation.
C’est un phénomène malheureusement trop peu connu qui explique tellement de choses : Premièrement la victime ne comprend pas ce qu’il se passe, soit parce qu’elle est surprise, soit parce qu’elle a un cerveau trop jeune pour analyser la situation, soit parce que la cruauté de l’agresseur est trop inconcevable pour un cerveau d’humain « bienveillant ». Le cerveau ne peut pas traiter, analyser une situation qu’il ne comprend pas. La victime est sidérée. Un peu comme quand on est cambriolé et que l’on se retrouve face au voleur dans notre maison, on peut être bouche bée, paralysé par la peur, la surprise, etc. Pourtant jamais personne ne dit « bah alors pourquoi tu n’as rien fait ? Tu étais d’accord pour que l’on te cambriole ? »
Bref, ce processus de dissociation se met en place pour sauver la vie de la victime. La victime a tellement peur, ne comprend tellement pas, parfois a tellement mal, que son cerveau chauffe et va griller si les plombs ne pètent pas. J’utilise l’image du court-circuit électrique pour vous permettre de comprendre le mécanisme : donc pour ne pas griller, le cerveau coupe tout. Au lieu de ressentir la douleur et que cela soit trop insupportable, la personne est coupée de ses sensations corporelles. Au lieu de ressentir la peur, le cerveau anesthésie la victime de ses émotions. La victime peut ne plus rien ressentir. En réalité, c’est plutôt qu’elle est coupée de ce que son corps et de ce que son cœur ressentent. Elle peut, aux yeux de l’agresseur paraître ne pas souffrir et être toute molle. Les victimes décrivent la dissociation en ces termes : je ne sentais plus rien, j’étais vide, comme si j’étais mort(e), je n’étais plus là, comme une poupée de chiffon. Mon corps ne m’appartenait plus.
Vous voyez bien qu’une personne dans cet état-là ne peut ni crier, ni pleurer, ni parler, ni bouger, ni se débattre, ni taper.
Donc si vous avez été victime et que vous n’avez pas bougé, que vous ne vous êtes pas défendu, c’est tout simplement que vous n’étiez pas en mesure de le faire pour une raison ou une autre. Sinon vous l’auriez fait c’est évident ! Peut-être que vous aviez trop peur ou que vous n’étiez juste plus là ou que vous étiez paralysé(e).
Et si vous n’avez pas été victime, j’espère que ces explications vous permettront de ne pas juger les victimes qui n’ont pas bougé, pas crié, etc.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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