« Je ne veux pas avouer que je fais des différences entre mes enfants. »
Une petite fille de 10 ans vient me voir en consultation depuis quelques temps, elle vient la plupart du temps avec sa maman. Elle se plaint souvent que cette dernière ne s’occupe pas assez d’elle et qu’elle donne plus d’attention à ses 3 petits frères. La maman ayant 4 enfants fait ce qu’elle peut et a souvent l’impression que sa fille lui en demande beaucoup (trop), en tous cas plus que ce qu’une maman de 4 enfants peut donner à chacun. Sa fille se plaint parfois d’un manque d’attention et de reconnaissance alors que depuis le début de la thérapie, les parents mettent l’accent sur la valorisation, ils lui disent qu’elle est super et la valorise à la moindre occasion. La maman a la sensation que le ressenti de sa fille n’est pas forcément justifié au regard de toutes ses attentions et ses efforts pour écouter ses émotions et lui donner des moments privilégiés avec elle.
La dernière séance fût particulière, j’ai d’abord reçu la petite fille seule, qui demandait à me parler en tête à tête. Elle m’a raconté tout ce qu’elle n’osait pas dire à sa mère. Tous les manques de reconnaissance et d’attention qu’elle ressentait. Elle m’a ensuite demandé de transmettre les messages à sa mère sans être présente parce qu’elle n’osait pas dire ses ressentis devant celle-ci. A l’écoute des « plaintes de sa fille », la maman m’a finalement dit « en fait je sens que je ne la traite pas comme ses frères ». Je l’ai invitée à dire cela à sa fille. Au début elle ne voulait pas, ayant honte de traiter différemment ses enfants. Mais je l’y ai encouragée parce que je sais que le pire pour un enfant ce ne sont pas les manquements de ses parents, mais le fait que ces derniers les nient. En effet nier les « faits » parce que l’on en a honte, c’est nier l’enfant, ses émotions, ses ressentis, la logique de ses ressentis. Cela créé un malaise chez l’enfant qui sent dans son cœur qu’il y a un problème mais l’adulte lui dit qu’il se fait des idées.
Avec mes encouragements la maman a fini par dire à sa fille « c’est vrai que je ne suis pas pareille avec toi et avec tes frères ». Réaction de sa fille : « ha bah enfin ! Tu le reconnais ». Je demande à cette petite fille : « ça te fait quoi que maman dise ça ? ». « Ça me fait un vide. » « Comment ça un vide ? » « Bah c’est un problème en moins ! ». Voyez comment en fait, l’important n’est pas d’être un parent parfait, mais de reconnaître vos failles auprès de vos enfants. Parce qu’ils ressentent les choses donc cela ne sert à rien de nier. Plus vous niez, moins ils se sentent compris et plus ils auront des comportements « difficiles ».
Suite à cette réaction de sa fille, la maman a continué dans sa lancée « je sens que je t’en veux. Mais je ne sais pas pourquoi. » En se connectant à son cœur, la réponse est vite venue : « Moi aussi j’étais comme toi, une petite fille, et je te traite comme moi on m’a traitée : on ne m’écoutait pas, on ne faisait pas attention à moi, on ne me faisait pas de câlins et en fait je ne suis pas en colère contre toi mais contre moi d’être nulle, contre la petite fille que j’étais de ne pas être assez bien pour que mes parents soient satisfaits de moi. » Je l’ai invitée à dire à sa fille « Ton ressenti que je t’en voulais était justifié, mais en fait je ne t’en veux pas à toi, j’en veux à la petite fille que j’étais parce que je pensais que c’était de sa faute que mes parents ne m’écoutaient pas, ne me donnaient pas d’attention etc. »
Et bien sûr la maman pourra faire un travail en psychothérapie pour enlever cette croyance qu’elle était nulle pour finir de régler le problème (parce que si elle n’est plus en colère contre la petite fille qu’elle était, elle ne projettera plus cette colère sur sa propre fille). En attendant nous avons remis les choses en place en disant à sa fille que la colère qu’elle sentait n’était pas dirigée contre elle, mais contre la petite fille que sa mère était.
Je remercie chaleureusement cette maman de m’avoir autorisée à vous partager cette séance. Parce que j’espère que de nombreux parents pourront se retrouver dans les sensations, émotions, soi-disant « honteuses » de cette maman pour enfin pouvoir regarder les choses en face et pour pouvoir les comprendre profondément. Ces émotions « honteuses » que vous ressentez vis-à-vis de vos enfants ont un sens souvent à trouver dans votre propre enfance. Il vaut mieux être honnête avec vos enfants parce qu’ils se sentiront enfin compris et pourront se dire « ah bah je ne suis pas fou, mon ressenti est bien justifié ». C’est comme vous quand vous sentez quelque chose avec un de vos proches, vous sentez quelque chose dans votre cœur mais la personne nie, c’est très inconfortable et surtout, le dialogue n’est pas possible tant que chacun n’a pas assumé la vérité de ses actes ou de ses émotions. Par ailleurs, sachez qu’il n’y a pas plus compréhensif qu’un enfant si on lui dit la vérité sur ce qu’il se passe dans notre cœur, si cela est dit intelligemment. Je le sais parce que je l’ai vu de très nombreuses fois en séances.