Psy Story #72 :

« Voici pourquoi je suis resté bien sage toute mon enfance. »

Une dame vient me voir en consultation. Sa demande est la suivante : Comprendre pourquoi j’ai une peur au fond de moi depuis que je suis bébé et enlever cette peur.
« J’ai des flashs ». Je l’invite à s’exprimer comme ça vient, en décrivant surtout ce qu’elle ressent dans son corps. « Impression que je coulais, pas de bord pour me retenir. Je suis dans une bassine ou une baignoire. Quelqu’un m’appuie sur la tête. Je me débats. Impression que je vais mourir. Quelqu’un a essayé de me noyer. J’étouffe. J’ai de l’eau dans les oreilles. J’essaye de me débattre, je n’arrive pas. J’essaye de trouver de l’air. Je remue les jambes, je suis sous l’eau. J’ai peur, je tremble. J’essaye de m’extraire de l’eau mais je ne peux pas. Il y a un poids, je ne peux pas m’agripper, je ne peux rien faire. Après j’arrête de me débattre. Je me dis que peut-être si je ne bouge pas ça va s’arrêter. J’arrête de bouger et je garde l’air que j’ai. J’ai mal partout. Je tremble de partout. J’ai des fourmillements partout dans les jambes, dans les lèvres. Je ne sens plus mes lèvres. Je ne suis plus dans l’eau. J’ai peur et j’ai froid. J’ai les jambes qui tremblent énormément. Je ne bouge plus. J’essaye de retrouver ma respiration. Je ne sais pas comment je suis encore là. Je mets du temps à savoir si je suis vivante ou pas. Je me dis qu’il ne faut pas que je bouge, que je sois sage. Qu’il ne faut pas que je pleure. J’avais peur que si je pleure, ça recommence. Je suis toute seule. Il faut que je trouve ma respiration, c’est dur. Je suis fatiguée, j’ai froid, je tremble de partout. Je n’ose pas bouger. Je me demande si je suis bien vivante. J’ai froid, je suis toute nue. J’attends un peu de chaleur pour me réchauffer. Je suis toute seule, on m’a laissé toute seule là, à chercher ma respiration. J’avais froid, sur une table, sur le dos. J’ai des sanglots mais je n’ose pas pleurer. Je me fais toute petite. J’attends, je ne peux rien faire d’autre de toute façon. Je ne peux pas me déplacer. Je suis triste d’être toute seule, de me dire que l’on m’a laissée là. J’étais bébé, toute petite. J’attends mes parents, ils ne sont pas là. On m’a laissé là comme si je ne valais rien. Je reste longtemps toute seule. J’ai cru que personne n’allait venir. C’est parce que je n’ai pas été sage, c’est parce que je pleurais qu’on voulait me faire taire. Mon grand-père. Je me disais qu’il ne fallait pas que je bouge comme ça il ne se passerait rien, on me laisserait tranquille. Je me disais « sois sage, ne bouge pas » et j’essaye de m’en convaincre « Si tu es sage, on va t’aimer. Si tu n’es pas sage, on ne veut pas de toi. » Ce sont mes parents qui sont venus me prendre dans leurs bras, ma maman. Je ne m’autorise à rien, pas à pleurer. Ils savent qu’il s’est passé quelque chose. Elle est là pour me réconforter. Ça l’arrange que je ne pleure pas. Elle se dit « bon elle ne pleure pas c’est peut-être qu’elle n’a pas eu peur ». Elle sait que j’ai eu de quoi avoir peur ; mes parents savent que mon grand-père a essayé de me noyer. »

Après cette découverte, cette femme a eu cette sensation que différentes étapes de sa vie prenaient tous leurs sens : « Cela explique tellement de choses dans ma vie : Pourquoi j’ai été si sage toute mon enfance. Pourquoi j’étais absolument terrorisée d’aller à la piscine en CP, pourquoi je ne supporte pas de mettre la tête sous l’eau. » À la séance suivante, elle est revenue enchantée : je me sens entière, je sens que le puzzle de ma vie est en train de se mettre en place. Comme si avant il manquait un bout à ma vie et là j’ai tous les éléments. Sinon il est arrivé quelque chose : « J’ai bu le verre d’eau de la vie. » Je ne bois quasiment pas d’eau, toujours du thé, des infusions etc. Et un matin, après la dernière séance, je me suis levée, j’ai senti que mon corps avait besoin d’eau, j’ai bu un grand verre d’eau et j’ai senti que c’était le verre d’eau de la vie. Et j’ai enfin compris pourquoi je ne buvais jamais d’eau.

Je n’ai rien à ajouter, cette histoire se suffit à elle-même pour encore une fois montrer que l’esprit humain est d’une logique implacable, que tout s’explique et que l’on peut tout retrouver avec un certain style de thérapie, même ce que l’on a vécu bébé pour pouvoir s’en libérer.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

chevron-down linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram