“J’ai mal tous les jours, j’ai enfin compris d’où ça vient.”
Une dame vient me voir en consultation, cela fait déjà un moment. C’est une “douloureuse chronique” : “J’ai mal tous les jours”. “Je ne sais pas ce que c’est de ne pas avoir mal.”
Durant sa thérapie, elle a découvert qu’elle avait été violée par son père. Elle décrit la douleur qu’elle a ressentie à ce moment-là comme “sidérante, insupportable, terrifiante”. Elle dit avoir enfin compris ce que son corps tente de lui hurler depuis tant d'années avec sa douleur.
J’ai écrit cette PsyStory avec son accord pour qu’avec son témoignage, les personnes souffrant de douleurs chroniques se sentent comprises, pour qu’elles ne pensent plus être seules à ressentir ce qu'elles n’osent plus dire à leur entourage de peur de “déranger” etc :
“Je ne sais pas ce que c’est de vivre sans douleur. J’ai mal tous les jours. Pour moi tout a un prix, rien n’est gratuit, le sport, le travail, n’importe quelle activité du quotidien, le moindre plaisir, même les choses plaisantes, tout a un prix douloureux pour moi. Sur une échelle de la douleur de 0 à 10, je ne sais même pas ce que c’est que zéro. C’est épuisant d’avoir mal tout le temps. Tout est un effort mais on le fait, on n’a pas le choix, pour continuer à vivre.”
“Au début on dit à notre entourage, mais au bout d’un moment “les douloureux chroniques” usent leur entourage. Ils oublient et c’est normal, c’est humain. Au bout d’un moment, on ne dit plus rien pour ne pas perdre les gens, pour ne pas être encore plus seul que seul.”
Je ne dis pas que toutes les personnes qui souffrent de douleurs chroniques ont été violées. Mais le corps peut parfois hurler ce que la bouche ne peut pas dire, ce que le cerveau ne peut parfois pas concevoir. Gardons-le peut-être en tête.