Psy Story #95 :

“Je suis énervé contre toi parce que je suis énervé contre moi.”

J’ai toujours cru ceux qui disaient que, si on était énervé contre les autres, cela parlait de nous, c’est en fait que l’on était énervé contre soi-même, mais je ne comprenais pas le mécanisme exact. Voici la situation d’une jeune fille (venant me voir en thérapie) qui m’a aidée à comprendre :
Cette jeune fille a un problème à l’école : “Mélissa m’énerve, elle se comporte comme un bébé, ça m’énerve, elle met des couettes comme un bébé, elle marche comme un bébé, elle parle comme un bébé, elle nous colle et moi je ne veux pas être amie avec elle.”
Nous enquêtons sur ce qui l’énerve exactement dans le fait que Mélissa se comporte comme un bébé. Voici ce que nous avons trouvé, qui est assez fascinant : “En fait ce qui m’énerve (dans le fait) qu’elle se comporte comme un bébé, c’est qu’un bébé c’est tellement gentil. D’ailleurs j’ai arrêté d’être sa copine, à Melissa, parce qu’elle est tellement gentille et ça m’énerve.” “Pourquoi ça t’énerve qu’elle soit “tellement” gentille ?” “Parce que ça me rappelle quand moi j’étais tellement gentille et ça me fait penser à des souvenirs qui me rendent triste : quand j’ai fait des origamis à tout le monde pour que tout le monde m’apprécie alors que ça n’a même pas marché puisque ça n’a rien changé.”
- “Tu ressens quoi quand tu penses à ces souvenirs ?”
- “De la colère ?”
- “Elle a quelle forme et quelle couleur ta colère ?”
- “C’est un carré orange.”
- “Et quelle tête elle fait ?”
- “Elle est en colère.”
- “Contre qui ?”
- “Contre moi.”
- “Pourquoi ?”
- “Parce que j’ai fait des origamis pour que tout le monde m’apprécie et ça n’a même pas marché puisque ça n’a rien changé. Les autres étaient même énervés parce que je n’ai pas eu le temps d’en faire pour tout le monde.”
- “Et tu le savais que ça n’allait pas marcher ?”
- “Non.”
- “Dis-le à ta colère : “Je ne savais pas que ça n’allait pas marcher.” Comment elle réagit ?”
- “Elle est étonnée, elle dit que c’est vrai, je ne savais pas.”
- “Elle est toujours énervée contre toi ?”
- “Un peu.”
- “De quoi ?”
- “Parce que ça n’a pas marché.”
- “C’est de ta faute si les autres ne t’appréciaient pas ?”
- “Non.”
- “Dis à ta colère “ce n’est pas de ma faute si les autres ne t’appréciaient pas.” Comment elle réagit ?”
- “Elle rigole, elle est contente, elle se sent mieux.”
Je vous ai, bien sûr, fait un résumé d’un échange qui a été plus long.
La leçon pour moi a été qu’en effet, la colère envers les autres est en réalité souvent une colère contre soi qui est restée cachée au fond de nous, en rapport avec un souvenir douloureux.

Merci à toutes les personnes ayant accepté que je partage un bout de leur histoire.

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